Kénitra accueillera la première gigafactory de batteries d'Afrique, portée par le chinois Gotion

Kénitra accueillera la première gigafactory de batteries d’Afrique

Le groupe chinois Gotion High-Tech est sur le point de lancer, à la fin de l’été 2026, la première usine intégrée de batteries lithium-fer-phosphate (LFP) en Afrique, située à Kénitra. Ce projet ambitieux vise à repositionner le Maroc comme un acteur clé dans les chaînes d’approvisionnement mondiales de l’électromobilité.

Une première africaine et régionale

Dans la zone franche atlantique de Kénitra, Gotion High-Tech finalise la mise en service de cette gigafactory, grâce à sa filiale Gotion Power Morocco. Le projet, formalisé par un protocole d’accord en 2023, représente un investissement évalué à 65 milliards de dirhams, soit près de 7 milliards de dollars. L’usine utilisera une technologie « cathode-to-cell », qui intègre la cathode directement dans la cellule de batterie, permettant ainsi de réduire les coûts de fabrication et d’améliorer la sécurité thermique. Cette méthode est particulièrement adaptée aux batteries LFP, qui sont de plus en plus privilégiées pour les véhicules électriques d’entrée et de moyenne gamme.

Une montée en puissance étalée dans le temps

La première phase de production de l’usine est prévue avec une capacité de 10 gigawattheures par an, avec un objectif d’atteindre progressivement 100 GWh à long terme. Gotion High-Tech, coté à la Bourse de Shenzhen et détenu à environ 26 % par Volkswagen, a également obtenu un prêt de 100 millions d’euros de la Banque africaine de développement (BAD) pour soutenir ce projet. Ce dernier devrait générer plusieurs centaines d’emplois directs lors de sa première phase, avec un objectif d’intégration industrielle locale de 70 %.

Le phosphate, chaînon manquant ou atout marocain ?

Le choix de Kénitra n’est pas anodin. Le Maroc possède environ 70 % des réserves mondiales de phosphate, matière première essentielle pour la production d’acide phosphorique utilisé dans la chimie LFP. De plus, la proximité du Maroc avec l’Europe, à quelques dizaines de kilomètres du détroit de Gibraltar, réduit considérablement les coûts logistiques par rapport à une production exportée depuis l’Asie. L’usine s’implante également dans un tissu industriel automobile déjà bien développé, à proximité des usines Renault de Kénitra et Stellantis de Tanger.

Une lecture géopolitique qui dépasse la seule industrie

Ce projet s’inscrit dans un contexte de compétition plus large pour le contrôle des chaînes de valeur des batteries électriques, où la Chine domine actuellement le raffinage de l’acide phosphorique. Des analystes soulignent que le Maroc, grâce à ses accords de libre-échange avec l’Union européenne et les États-Unis, offre aux investisseurs chinois un accès privilégié aux marchés occidentaux, ce qui pourrait renforcer la position stratégique du pays dans le cadre d’un arbitrage entre Washington, Pékin et Bruxelles.

Source : Atlas Info

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