Antibiorésistance : des chercheurs lillois optimisent une stratégie pour renforcer l’efficacité des antibiotiques
Une étude récente menée par des chercheurs de l’Institut Pasteur de Lille a mis en lumière l’optimisation d’une famille de molécules capables d’inhiber un mécanisme clé de la résistance bactérienne : le système de pompe à efflux AcrAB-TolC. Le composé BDM92641 a été identifié comme un candidat prometteur, capable de multiplier l’efficacité de plusieurs classes d’antibiotiques contre Escherichia coli et Klebsiella pneumoniae, deux bactéries considérées comme prioritaires par l’Organisation mondiale de la santé.
L’antibiorésistance : un défi mondial
L’antibiorésistance désigne la capacité des bactéries à évoluer et à développer des mécanismes de défense qui les rendent moins sensibles, voire totalement résistantes, aux antibiotiques. Ce phénomène représente un défi de santé publique majeur. En 2021, environ 4,71 millions de décès ont été attribués à l’antibiorésistance, un chiffre qui pourrait atteindre 8,2 millions d’ici 2050. Les entérobactéries, telles que E. coli et K. pneumoniae, sont parmi les principales responsables de cette mortalité.
Une molécule prometteuse mais imparfaite
Les équipes du Drug Discovery Center de Lille ont antérieurement identifié une famille de molécules, les pyridylpipérazines, capables de se lier à ces pompes à efflux. Parmi celles-ci, le composé BDM91531 a démontré une efficacité significative pour restaurer l’activité d’un antibiotique modèle, la pyridomycine. Cependant, ce composé présente une légère activité antibactérienne et une toxicité pour les cellules humaines, limitant son potentiel en tant que médicament.
28 nouvelles molécules pour surmonter cette barrière
Dans cette nouvelle recherche, dirigée par la Dr Virginie Meurillon et le Dr Marion Flipo, 28 nouvelles molécules ont été synthétisées en modifiant la structure chimique de BDM91531. Ces travaux ont été réalisés en collaboration avec des chercheurs du Centre d’Infection et d’Immunité de Lille. Les tests sur des souches bactériennes mutantes ont confirmé que ces nouvelles molécules agissent via le système de pompes à efflux AcrAB-TolC.
Un candidat se distingue
Parmi ces 28 analogues, un composé s’est particulièrement distingué. Il s’est avéré efficace pour rétablir l’activité des antibiotiques sans présenter d’activité antibactérienne propre ni une toxicité significative pour les cellules humaines. Ce candidat a montré de bonnes propriétés physico-chimiques, notamment en termes de solubilité et de stabilité. Dans des tests in vivo, il n’a montré aucun signe de toxicité jusqu’à une dose de 100 mg/kg.
Vers de nouveaux traitements combinés
Ces résultats renforcent l’intérêt pour les adjuvants d’antibiotiques, des molécules qui, associées à des antibiotiques existants, pourraient restaurer leur efficacité contre des bactéries résistantes. Cette recherche représente une avancée dans la lutte contre l’antibiorésistance, un enjeu crucial pour la santé publique au XXIe siècle. Les prochaines étapes incluront des études supplémentaires pour confirmer ces résultats avant d’envisager une application thérapeutique.
Pour plus d’informations, consultez la publication scientifique ici.
Source : Meurillon V, et al. “Enhancing antibiotic activity against Escherichia coli and Klebsiella pneumoniae with optimised pyridylpiperazine AcrAB-TolC efflux pump inhibitors.” Eur J Med Chem. 2026 Aug 5;319:119200. doi: 10.1016/j.ejmech.2026.119200.



