L’Europe ouvre la voie à Prima, un implant sous-rétinien conçu pour restaurer une vision centrale fonctionnelle chez certains patients atteints de DMLA avancée. Une première implantation commerciale est attendue en Allemagne.
L’implant Prima, une interface « cerveau-machine », a récemment obtenu le marquage CE, permettant sa commercialisation dans 30 pays européens. Ce dispositif, développé par Science Corporation en collaboration avec des chercheurs comme Daniel Palanker de Stanford, vise à offrir aux patients la possibilité de lire à nouveau quelques lettres, chiffres ou mots après avoir perdu leur vision centrale. La première opération commerciale est prévue en Allemagne, où plusieurs centres ont participé aux essais cliniques.
Prima ne « répare » pas une rétine détruite et ne restitue pas une vision normale. Il cible les individus souffrant d’une forme avancée de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) atrophique, connue sous le nom d’atrophie géographique (AG), qui entraîne la disparition progressive des photorécepteurs de la macula, une zone essentielle pour voir les détails, lire ou reconnaître les visages. L’atrophie géographique liée à la DMLA touche plus de 5 millions de personnes dans le monde et constitue une cause majeure de cécité irréversible.
Une puce photovoltaïque sous la rétine
Le dispositif repose sur une puce photovoltaïque de 2 × 2 millimètres, implantée sous la rétine, à l’endroit où les photorécepteurs sont absents. Ce système est associé à des lunettes dotées d’une caméra et d’un dispositif de projection. La caméra capture l’environnement et les informations sont ensuite traitées et envoyées sous forme de lumière infrarouge vers l’implant. Les pixels de la puce convertissent cette lumière en impulsions électriques, stimulant ainsi les cellules rétiniennes encore fonctionnelles. Le cerveau interprète ces signaux pour reconstruire une perception visuelle.
Le dispositif nécessite une intervention chirurgicale et une période d’adaptation pour apprendre à interpréter les signaux de l’implant. Le professeur José-Alain Sahel, co-auteur principal des travaux cliniques, souligne que c’est la première fois qu’un système permet à des patients ayant perdu la vision centrale de retrouver la capacité de lire des mots et des phrases, tout en préservant leur vision périphérique.
84 % de patients ont pu lire à nouveau
Les résultats de l’essai clinique PRIMAVera, publiés dans le New England Journal of Medicine, montrent que sur 38 patients implantés, 32 ont été évalués à 12 mois. Parmi ces derniers, 26, soit 81 %, ont connu une amélioration significative de leur acuité visuelle. En tenant compte des patients dont les données manquaient, la proportion estimée d’amélioration atteint 80 %. L’Inserm rapporte également que plus de 80 % des participants ont retrouvé la capacité de lire des lettres, des chiffres ou des mots. Toutefois, Des événements indésirables sérieux ont été observés chez 19 participants, mais la majorité s’est résolue dans les deux mois suivant l’intervention.
Quelle solution pour les patients ?
L’implant Prima ne sera pas accessible à tous les patients atteints de DMLA. Il est destiné à un profil spécifique de patients présentant une perte sévère de vision centrale due à l’atrophie géographique. Son déploiement en Europe nécessitera l’ouverture de centres, la sélection des patients, ainsi que des procédures chirurgicales et de rééducation visuelle. La question du remboursement, à examiner pays par pays, est cruciale pour l’accès à cette technologie.
Les patients intéressés doivent consulter leur ophtalmologiste ou un centre spécialisé en rétine pour évaluer la forme et le stade de leur DMLA, ainsi que les options thérapeutiques disponibles. Les dispositifs de basse vision et la réhabilitation visuelle restent essentiels pour maintenir l’autonomie au quotidien. Prima offre désormais une nouvelle option technologique pour certains patients, mais son impact réel dépendra de sa disponibilité et de son accessibilité financière.
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« Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr »


