Walter Hallstein : Ancien nazi ou figure de la construction européenne ?
La construction européenne est souvent critiquée, notamment en France, où le rejet du traité établissant une Constitution pour l’Europe en 2005 a ravivé le débat. Des accusations anachroniques circulent, suggérant que des éléments du régime nazi se seraient infiltrés dans le projet européen dès son origine. Parmi ces allégations, celle concernant Walter Hallstein, premier président de la Commission de la Communauté économique européenne (CEE) et considéré comme l’un des « Pères de l’Europe », est particulièrement répandue.
Bien que Hallstein ait été membre d’associations contrôlées par les nazis, il n’a jamais été membre du NSDAP, le parti nazi. Des recherches historiques indiquent qu’il a maintenu une distance critique vis-à-vis de l’idéologie national-socialiste, sans toutefois être considéré comme un résistant au régime d’Adolf Hitler.
Cette accusation a été popularisée par Philippe de Villiers, qui décrit Hallstein comme le « juriste d’Hitler », évoquant une prétendue carte d’adhésion au NSDAP comme preuve de son appartenance au parti. Cependant, cette affirmation est fausse. La carte en question, datée de 1934, était celle d’une association professionnelle regroupant des enseignants, comme l’explique l’historien Philip Rosin. L’adhésion à ces associations était souvent nécessaire pour exercer dans la fonction publique sans encombre.
De plus, Hallstein a eu une carrière universitaire notable, devenant l’un des plus jeunes professeurs de droit d’Allemagne à 28 ans. Ses enseignements incluaient des principes de séparation des pouvoirs et d’indépendance du pouvoir judiciaire, montrant une certaine distance vis-à-vis des valeurs nazies. Cependant, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer ses positions durant l’ensemble de la période nazie.
En 1941, sa nomination à l’université de Francfort a été contestée par des responsables nazis, ce qui indique qu’il n’était pas en totale conformité avec le régime. Des documents de l’époque attestent de son attitude critique envers le national-socialisme, le qualifiant même de « non-national-socialiste ».
Il est également important de noter qu’à partir de 1935, Hallstein s’engagea dans l’armée allemande pour effectuer son service militaire, ce qui soulève des questions sur ses motivations. En 1944, il fut fait prisonnier par les Américains et passa un an dans un camp au Mississippi. Après la guerre, il reprit sa carrière universitaire avant de se tourner vers la diplomatie.
Les historiens s’accordent à dire que l’absence d’engagement résistant de Hallstein ne le disqualifie pas pour avoir présidé la Commission du marché commun. La thèse selon laquelle il aurait été recruté par la CIA lors de son passage aux États-Unis n’est pas étayée par des preuves.
Le débat autour de Hallstein illustre les amalgames qui persistent entre le régime nazi et la construction européenne, exacerbés par des réalités historiques. Bien que le régime nazi ait utilisé l’idée d’une communauté économique européenne, cela ne prouve pas une continuité idéologique avec le projet d’après-guerre, qui a été porté par de nombreuses figures ayant combattu le fascisme.
Source : Monde Diplomatique, Le Monde, recherches historiques sur Walter Hallstein.



