Encore 8 à 10 ans de développement supplémentaire pour le stérilet masculin
L’annonce d’un stérilet pour hommes, en cours de développement par une équipe de recherche lilloise, suscite un grand intérêt. Toutefois, il faudra encore être patient avant de voir une éventuelle commercialisation en Europe, comme l’explique le docteur Alan Charissou.
En France, environ 60 % des femmes connaîtront au moins une grossesse non planifiée au cours de leur vie, souligne le docteur Charissou, qui travaille sur la question du contrôle de la fertilité depuis plus de dix ans. Il estime que la solution à ce « problème de santé publique » réside dans l’élargissement des options contraceptives. Une équipe de chercheurs de Lille développe actuellement un nouveau dispositif de stérilet masculin, un projet qui s’inscrit dans un contexte de recherches entamées depuis les années 1970, mais qui n’ont jusqu’à présent abouti à aucun produit commercialisé.
Alan Charissou, coanimateur d’un groupe de travail sur la contraception masculine et fondateur de la coopérative Entrelac, insiste sur la nécessité d’améliorer l’offre contraceptive afin de rééquilibrer la charge entre les sexes. Il explique les difficultés rencontrées pour atteindre la phase de commercialisation.
Réglementations et certifications
Pour qu’un produit de contraception masculine soit autorisé à la vente en Europe, il doit passer par un processus de certification rigoureux. Selon Charissou, la production doit respecter les normes internationales, et le fabricant doit engager des juristes et des ingénieurs pour élaborer un guide de fabrication. Ensuite, un organisme de certification indépendant doit valider les données.
Les essais cliniques peuvent commencer, d’abord sur un petit échantillon de 30 à 40 personnes, puis sur des groupes plus larges si les résultats sont satisfaisants. En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) valide le protocole et les résultats avant l’attribution de la certification européenne (CE).
Obstacles au développement
Les innovations en matière de contraception masculine, telles que le stérilet, la contraception thermique ou hormonale, peinent à passer la phase de recherche. Charissou explique que l’absence d’intérêt économique pour ces produits freine leur développement. Le marché de la contraception est dominé par les options féminines, qui génèrent des bénéfices considérables. Le coût des essais cliniques peut atteindre jusqu’à 3 millions d’euros, rendant l’investissement peu attrayant.
De plus, il souligne un manque de volonté politique pour financer des travaux de recherche spécifiques sur la contraception masculine. Ce sujet n’attire pas non plus l’attention des universitaires, qui privilégient d’autres domaines de recherche.
Perspectives d’avenir
Concernant le stérilet masculin en développement, Charissou reste prudent. Le dispositif est encore à l’état de prototype et n’a pas été testé sur des humains. Les exigences de certification pourraient nécessiter encore 8 à 10 ans de développement.
Parallèlement, d’autres projets avancent, comme un gel hormonal masculin aux États-Unis, qui pourrait être commercialisé dans les années à venir. Les essais cliniques prévus pour 2027 pourraient également ouvrir la voie à de nouvelles options sur le marché français.
Source : Franceinfo



