En 1768, un roi paralysa l’État en se mettant en grève
En 1768, lors de la période suédoise connue sous le nom de Frihetstiden (« l’Âge de la Liberté »), le roi Adolphe-Frédéric de Suède menaça d’abdiquer si une session extraordinaire du Riksdag, le Parlement suédois, n’était pas rapidement convoquée. La principale question à l’ordre du jour concernait un nouveau plan financier, mais le roi espérait également que cette réunion parlementaire conduirait à des réformes constitutionnelles visant à renforcer son pouvoir.
Le Conseil du Royaume, composé de 16 membres et présidé par le roi, avait trois jours pour convoquer le Riksdag. Pendant ce temps, le roi s’abstint de toute décision, se plaçant ainsi en situation de grève.
Cet épisode soulève une question intrigante sur la nécessité d’un monarque dans une monarchie. À l’époque, bien que la Suède fût un royaume, son fonctionnement politique ressemblait davantage à celui d’une république. Les conseillers du roi tentèrent même de le remplacer en utilisant un tampon reproduisant sa signature, un paradoxe qui visait à préserver l’essence même de la monarchie.
Contexte factuel
L’Âge de la Liberté débuta avec la mort du roi Charles XII en 1718, après une période de monarchie absolue. Éreintés par des années de guerre, les quatre ordres du Riksdag décidèrent de limiter les pouvoirs exécutifs du roi. Le Conseil du Royaume fut chargé de superviser les décisions du monarque, tout en rendant compte au Riksdag.
La théorie sociale suédoise, influencée par la pensée politique antique et les idées luthériennes, posait que la société se composait de trois ordres : le clergé, la noblesse et les roturiers, chacun étant essentiel à l’équilibre social.
Conséquences directes
La crise constitutionnelle de 1768 fut exacerbée par les rivalités entre les deux principaux partis politiques, les Bonnets et les Chapeaux. Bien qu’ils s’accordassent sur la limitation du pouvoir royal, chacun tenta d’utiliser le roi à son avantage. Le Conseil, contrôlé par les Bonnets, chercha à gouverner à l’aide du tampon, mais les administrations dominées par les Chapeaux refusèrent d’appliquer les décisions ne portant que cette signature.
Cela entraîna une paralysie de l’État, forçant la convocation du Riksdag, comme exigé par le roi. Malgré l’abandon du tampon et la réaffirmation de l’autorité symbolique du roi, son influence politique fut affaiblie.
Cet épisode illustre un mécanisme récurrent de l’Âge de la Liberté, où la couronne ne trouvait de soutien véritable qu’en période d’opposition, le roi devenant alors un allié stratégique pour contester le gouvernement.
Source : Jonas Nordin, Lund University.



