Sainte-Soline à sec mi-juillet : évaporation ou infraction ?
La Rochelle (Charente-Maritime), correspondance — La mégabassine de Sainte-Soline, destinée à soutenir l’agriculture face aux sécheresses liées au changement climatique, est à sec alors qu’elle était censée être la plus utile. Interdite d’utilisation depuis une décision de justice en date du 18 décembre 2024, cette réserve de substitution a perdu 54 000 m³ d’eau collectés durant les pluies hivernales en moins de deux mois. Entre le 15 juin et le 20 juillet, 40 000 m³ — équivalents à la consommation annuelle de plus de 900 personnes — ont disparu.
La question se pose : qu’est devenue l’eau de Sainte-Soline ? A-t-elle été évaporée en raison des canicules, ou a-t-elle été pompée pour l’irrigation, comme l’affirme la Coopérative de l’eau des Deux-Sèvres (Coop de l’eau 79) ?
1 000 m³ d’eau évaporés chaque jour
Normalement alimentée par le pompage des nappes phréatiques pendant les périodes de « hautes eaux » (automne et hiver), Sainte-Soline n’a été remplie cette saison que par les eaux de pluie. Selon Météo-France, l’hiver 2025-2026 a été le huitième plus pluvieux jamais enregistré. Toutefois, au maximum de son remplissage le 17 mars, la bassine ne contenait que 55 210 m³, soit plus de 12 % de son remplissage maximal historique de 450 000 m³.
À partir de mai, le niveau a chuté rapidement. Le 20 juin, le département des Deux-Sèvres est passé en vigilance canicule orange, puis rouge. Le 22 mai, la station Météo-France de Niort a relevé 41 °C. Le 20 juillet, les sondes n’ont plus détecté d’eau. En moyenne, plus de 1 000 m³ d’eau se sont évaporés chaque jour durant cette période.
L’hypothèse de l’évaporation est soutenue par des experts. Laurence Habets, directrice de recherche au CNRS, estime que cette perte d’eau est plausible, notamment durant les périodes de sécheresse où l’évaporation est accentuée. François Geay, directeur de l’Établissement public du Marais poitevin, a confirmé que le taux d’évaporation est un paramètre crucial pour évaluer la performance des réserves, et que des températures records cette année pourraient entraîner une évaporation plus élevée que la normale.
Les défenseurs des mégabassines, en revanche, estiment que le risque d’évaporation est limité, avançant des taux estimés entre 3 et 4 % du volume stocké.
Un pompage de 46 000 m³ d’eau à la légalité incertaine
Suite à la publication d’une première version de cet article, la Coop de l’eau 79 a rectifié en affirmant que la baisse de niveau correspondait à l’utilisation du volume stocké. Les 40 000 m³ n’auraient pas été évaporés, mais utilisés par deux agriculteurs pour l’irrigation. Cependant, cette utilisation semble contredire l’interdiction d’utilisation.
François Pétorin, membre de la Coop de l’eau 79, a déclaré que des discussions internes et avec l’État avaient conduit à l’obtention d’une autorisation d’utilisation de l’eau stockée, bien qu’aucun document officiel ne soit disponible pour attester de cette autorisation. La préfecture des Deux-Sèvres n’a pas confirmé ces échanges.
Marie Bomare, juriste pour Nature Environnement Charente-Maritime, conteste cette interprétation, affirmant que la décision de justice a suspendu l’autorisation environnementale, touchant au pompage et à l’irrigation.
Les réserves de substitution dans le bassin affichent des taux de remplissage critiques, avec la bassine de Mauzé ne contenant au 14 août que moins de 3 000 m³ d’eau, un dixième de son remplissage moyen habituel à la même date.
Source : Reporterre



