« La loi d’urgence agricole se trompe de débat »

La loi d’urgence agricole se trompe de débat

Le 21 juillet, le Parlement français a voté une loi d’urgence agricole, qui vise à répondre aux crises récurrentes du secteur. Le 14 août, le Conseil constitutionnel a validé presque l’intégralité de ce texte. En tant que maraîcher bio en Eure-et-Loir, je constate que cette loi aborde des problématiques cruciales, mais semble négliger des enjeux fondamentaux.

Cette législation s’est concentrée sur des mes controversées, notamment la réintroduction d’insecticides, tandis que d’autres sujets comme le revenu des agriculteurs et la gestion de l’eau ont été largement ignorés. En 2022, une pétition contre la loi Duplomb, similaire à celle-ci, avait recueilli 2,1 millions de signatures, illustrant le mécontentement croissant.

L’agriculture est un domaine complexe, où chaque décision impacte non seulement les rendements, mais aussi la santé des sols, de l’eau et des consommateurs. Le débat s’est centré sur la réautorisation de produits phytosanitaires, détournant l’attention des véritables enjeux.

Concernant la réintroduction de l’acétamipride, un insecticide principalement utilisé pour les noisettes, il convient de noter que les vergers de noisetiers français représentent moins de 0,03 % des terres agricoles. La détresse des producteurs de noisettes est réelle, exacerbée par des ravageurs en forte expansion. Cependant, l’acétamipride est un néonicotinoïde, dont les effets sur les pollinisateurs sont bien documentés.

Des alternatives existent, comme des programmes de lutte biologique financés par des fonds régionaux et européens. Pourtant, l’État n’a pas investi dans ces solutions, préférant réintroduire un insecticide pour une période de trois ans.

La loi facilite également la construction de réserves d’eau, mais réduit la transparence du processus décisionnel, remplaçant les réunions publiques par des permanences en mairie. Cela soulève des questions quant à l’accès équitable à cette ressource partagée.

Sur le plan économique, la loi introduit des prix planchers et plafonds, mais ces mes restent facultatives et dépendent d’engagements à long terme. Chaque année, environ 20 000 fermes ferment, tandis que 14 000 nouvelles s’ouvrent. La moitié des agriculteurs en activité en 2020 atteindra l’âge de la retraite d’ici 2030, et deux tiers d’entre eux n’ont personne pour reprendre leur exploitation.

Une loi qui prétend être une urgence mais qui ne traite pas des conditions de vie des agriculteurs et de l’avenir du secteur agricole n’a pas véritablement sa place dans le débat public actuel.

Source : La Croix

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