« Pas de bénéfices importants mais heureux d’être toujours là dix ans après notre ouverture » : comment Ceci & Cela, première épicerie vrac à Toulouse, résiste à la crise
Face à l’essoufflement du marché du vrac après la crise sanitaire du Covid, la première épicerie zéro déchet de Toulouse, Ceci & Cela, fondée en 2016, résiste. Passée sous modèle coopératif (SCIC), l’enseigne a célébré ses dix ans d’engagement local et de militantisme économique. Sa fondatrice revient sur les origines de ce commerce pas comme les autres, qui prend racine sur un réseau de 180 producteurs de la région.
Dans les rayons de l’épicerie Ceci & Cela, située grande rue Saint-Michel à Toulouse, Céline fait ses emplettes. Au rayon frais, elle se fait servir un bloc de tofu en promotion dans un bocal en verre sorti de son sac. « Je viens souvent pour les produits laitiers, le café, les pâtes… C’est pratique, j’habite à côté », annonce-t-elle.
Ouverte en novembre 2022, cette épicerie indépendante compte deux points de vente à Toulouse, la seconde étant aux Minimes, et ne propose que du vrac. Un argument crucial pour l’acheteuse Céline : « Cela réduit les déchets. Ce sont des personnes engagées qui vendent du local. Ici, j’ai davantage confiance », ajoute-t-elle. La confiance semble être l’une des clés de la longévité de Ceci & Cela.
L’aventure a commencé le 3 mai 2016, rue Baour-Lormian, sous l’impulsion de Louise Cardona, alors âgée de 25 ans. Portée par son envie d’entreprendre dans le vrac sans emballage, elle a vu son idée séduire immédiatement les consommateurs toulousains. « 2016-2018 a été une période d’explosion pour le vrac, on a cartonné », confirme Louise.
Cependant, après le Covid, la fréquentation s’est effondrée. « Cela a commencé pendant la pandémie et ça n’a jamais repris », regrette-t-elle. Malgré cette crise qui a vu fermer de nombreux commerces, l’enseigne s’accroche et a fêté ses dix ans d’existence. « C’est une grande joie, confie Louise, mais le modèle reste fragile, sans bénéfices importants. C’est toujours ric-rac. On travaille en direct avec 180 producteurs de la région, ce qui exige une lourde gestion administrative entre les commandes et les livraisons », reconnaît-elle.
En 2022, Ceci & Cela est devenue une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). « Désormais, l’entreprise ne m’appartient plus. Je suis salariée et sociétaire comme 224 autres personnes, mais mon investissement reste identique », poursuit la fondatrice. « Ici, chacun porte une part de la charge mentale, c’est ce qui suscite l’engagement. On n’est pas là juste pour un salaire », ajoute Mat, animatrice de la coopérative.
Aujourd’hui, la structure emploie neuf salariés à temps plein. Amandine Frenel, présente depuis l’origine, demeure stimulée par ses valeurs : « À Ceci & Cela, on connaît les producteurs, on sait ce qu’on vend, on pratique la juste rémunération et on défend la qualité locale avec un minimum de déchets. Nous sommes une épicerie indépendante, ancrée sur le territoire », rappelle-t-elle.
« C’est notre marque de fabrique. On associe le vrac pour lutter contre les déchets, le bio et surtout le local. Ce triptyque fait notre force et nous permet d’être toujours là dix ans après. C’est un engagement global », conclut Amandine Frenel.
Source : La Dépêche du Midi



