Accélération du changement climatique : l’hypothèse qui inquiète les scientifiques
Le réchauffement climatique pourrait s’accélérer au-delà des prévisions, une question qui préoccupe de plus en plus la communauté scientifique. Au centre de cette inquiétude se trouve un indicateur moins connu que les températures ou la concentration de CO₂ : le déséquilibre énergétique de la Terre (EEI, pour Earth’s Energy Imbalance).
Cette notion permet de mer la différence entre l’énergie entrant sur la planète par le rayonnement solaire et celle qui en sort, notamment par le reflet des rayons du soleil ou les émissions de rayonnement infrarouge. Si l’énergie qui entre est supérieure à celle qui sort, notamment en raison des gaz à effet de serre, l’excédent d’énergie se transforme en chaleur, réchauffant ainsi le système.
Un excédent d’énergie imprévu par les modèles
L’EEI, évalué par observation satellitaire et mesuré en watts par mètre carré (W/m²), augmente plus rapidement que prévu. Selon une étude publiée en 2025, cet indicateur aurait doublé en vingt ans, passant d’environ 0,6 W/m² à 1,3 W/m². Les chercheurs soulignent que « la chaleur s’accumule désormais deux fois plus vite qu’il y a vingt ans », et s’inquiètent que ce déséquilibre soit « beaucoup plus important que ce que les modèles climatiques estimaient ».
Benoit Meyssignac, chercheur au Laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiales de Toulouse, a noté qu’aucun modèle actuel ne reproduit ces observations. En juin, il a coorganisé un atelier à Pasadena, en Californie, pour examiner les mystères de l’EEI.
La crainte d’une sensibilité climatique sous-estimée
Deux hypothèses émergent pour expliquer l’accumulation d’énergie : des perturbations causées par les activités humaines ou la réponse du climat à ces perturbations. La seconde hypothèse pourrait signifier que la sensibilité climatique, c’est-à-dire le degré de réchauffement global attendu pour une concentration donnée de CO₂, a été sous-estimée. Le GIEC estime qu’un doublement de la concentration de CO₂ par rapport à l’ère préindustrielle pourrait mener à un réchauffement d’environ 3 °C, avec une fourchette probable allant de 2,5 à 4 °C.
Les nuages au cœur du mystère
Les scientifiques se penchent sur le rôle des nuages pour expliquer cette hausse de l’EEI. Leur structure et leur altitude influencent leur capacité à générer un effet de serre ou à réfléchir les rayons solaires. Le changement climatique modifie ces caractéristiques, ce qui pourrait contribuer à l’augmentation inattendue du déséquilibre énergétique.
Une autre piste concerne les aérosols anthropiques, qui ont un effet refroidissant sur le climat. La réduction de ces particules pourrait avoir entraîné un effet de « rattrapage » et une accélération temporaire du réchauffement.
Une accélération du réchauffement à venir ?
L’augmentation des températures suit également un rythme croissant, qui peut être attribué à la hausse des émissions de gaz à effet de serre et à la diminution des aérosols. Les climatologues s’accordent à dire qu’il y aura une accélération, mais cela reste un sujet de débat parmi les scientifiques.
En somme, l’EEI, bien qu’il soit plus fort que prévu, pourrait se traduire par un réchauffement global. Ce phénomène souligne l’urgence de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de mettre en place des politiques d’adaptation face aux catastrophes climatiques imminentes.
Source : Reporterre
