Stellantis face à Unifor : la bataille qui redéfinira l’automobile nord-américaine
Le 14 août 2026, à moins d’un mois des négociations collectives avec le syndicat Unifor, Stellantis a annoncé son intention d’envisager la fermeture et la vente de son usine de Brampton, au Canada. Cette décision menace directement entre 2 200 et 3 000 emplois, transformant ainsi la table de négociation en un véritable champ de bataille. Pour Unifor, la situation est claire : il faut soit accepter un affaiblissement des conditions de travail, soit mobiliser les travailleurs avant septembre.
Brampton : le coup de force stratégique de Stellantis avant les négociations
L’usine de Brampton, inactive depuis décembre 2023, met en lumière un rapport de force déséquilibré. Stellantis justifie sa décision par les tarifs douaniers imposés par l’administration Trump, qui ont conduit au transfert de la production du Jeep Compass vers l’Illinois en octobre 2025. Selon CBC News, le constructeur n’a toutefois pas fourni de notification écrite formelle de fermeture, alors que l’accord collectif exige un préavis d’au moins un an.
En juillet 2026, Unifor avait conclu un accord avec Ford, garantissant des augmentations salariales de 3 % par an. Ce précédent sert de base pour les négociations à venir avec GM et Stellantis. En annonçant la fermeture potentielle de Brampton juste avant ces négociations, Stellantis modifie le centre de gravité des discussions : Unifor doit désormais défendre l’existence même des emplois plutôt que de négocier des hausses de salaires. The Globe and Mail rappelle que Stellantis a reçu 529 millions de dollars de subventions fédérales en 2022, conditionnées au maintien de la production.
L’absence de notification écrite soulève des questions. En ne formalisant pas sa décision, Stellantis semble contourner l’obligation de préavis d’un an, maintenant ainsi la pression sans engagement définitif. LouAnn Gosselin, porte-parole de Stellantis Canada, a déclaré : « Nous nous préparons à entrer dans le processus de négociation collective et n’avons rien à annoncer pour le moment. Notre priorité reste de trouver une solution de fabrication durable pour l’usine de Brampton. »
La réaction d’Unifor : du choc à la mobilisation
Face à cette annonce, Unifor refuse de céder au fatalisme. Lana Payne, présidente nationale du syndicat, a qualifié l’annonce de « coup de poing dans le ventre » : « Dire que nous sommes déçus serait un euphémisme. C’est un coup de poing pour notre syndicat et, surtout, pour nos membres, les travailleurs qui ont tout donné à cette usine. » Unifor ne négociera pas la fermeture, mais les conditions d’un retour à la production.
Vito Beato, président d’Unifor Local 1285, a adopté un ton encore plus ferme : « Ce n’est pas ainsi que l’histoire se termine pour Brampton. Vous pouvez marquer mes mots. J’ai hâte de discuter des opportunités pour notre usine et d’un chemin vers le retour de la production automobile lorsque nous serons à la table de négociation, car la fermeture n’est pas une option. »
Refus de la fermeture : la ligne de négociation d’Unifor pour septembre
Unifor prépare une contre-offensive articulée autour de trois axes. D’abord, rappeler les engagements pris par Stellantis en 2023, lorsque le constructeur promettait de maintenir la production à Brampton. Ensuite, le syndicat compte mobiliser le levier politique, le gouvernement fédéral ayant émis un avis de défaut en décembre 2025 après le transfert de production vers l’Illinois. Enfin, Unifor mettra en avant les résultats financiers de Stellantis, qui a enregistré un bénéfice net de 293 millions d’euros au deuxième trimestre 2026, contre une perte de 1,87 milliard d’euros un an auparavant.
Cette situation met en lumière la tension croissante entre les exigences économiques et les droits des travailleurs dans le secteur automobile nord-américain, alors que les négociations se profilent à l’horizon.
Source : CBC News, The Globe and Mail



