Sénégal : Quarante-cinq ans après sa mort, quel héritage pour Mariama Bâ, précurseuse de la littérature féministe ?
Ce lundi 17 août marque le 45e anniversaire de la disparition de Mariama Bâ. Avec son ouvrage Une si longue lettre, publié en 1979, l’autrice sénégalaise a jeté les bases d’une littérature féminine audacieuse, abordant des thèmes tels que la polygamie, le mariage forcé et la condition des femmes mariées. Aujourd’hui, quel est l’impact de ce texte fondateur sur l’écriture des Sénégalaises contemporaines ? Les luttes féministes ont-elles évolué ?
Mariama Bâ a été pionnière en abordant des sujets tabous au Sénégal, mettant en lumière des expériences vécues par les femmes, souvent silencieuses. Quarante-cinq ans plus tard, les préoccupations féministes demeurent, selon l’autrice et militante féministe Ndèye Fatou Kane. Elle constate : « Toutes ces choses dont elle a parlé, malheureusement, continuent d’être au devant de la scène. Aujourd’hui, je pense qu’on n’a jamais eu autant de polygamie au Sénégal, qui ne rebute plus les femmes instruites. Quand une femme commence à revendiquer, c’est comme si on lui disait d’être moderne, mais pas trop. Quand on lit Une si longue lettre, on pense que c’est le Sénégal de 2026 qu’elle a écrit. »
En 45 ans, les avancées pour les femmes de lettres ont été lentes. Les thèmes abordés par Bâ sont désormais accessibles : récemment, la militante Fatou Warkha a écrit sur le divorce et la rupture. Adama Pouye, bibliothécaire et féministe, souligne l’influence de Mariama Bâ sur les autrices sénégalaises. Cependant, il reste un défi à relever : « Il y a énormément de femmes autrices au Sénégal, mais on les voit très peu sur les plateaux de télé ou lors de conférences. »
Une si longue lettre est aujourd’hui intégrée dans les programmes scolaires sénégalais et a été adaptée au cinéma en 2025 par Angèle Diabang, soulignant ainsi l’importance persistante de l’œuvre de Mariama Bâ dans la culture sénégalaise.
Source : RFI



