L’opposant Succès Masra gracié au Tchad : “Combien de temps va durer la réconciliation ?”

L’opposant Succès Masra gracié au Tchad : “Combien de temps va durer la réconciliation ?”

À peine sorti de prison suite à une grâce présidentielle célébrant le 66e anniversaire de l’indépendance du Tchad, le 11 août dernier, Succès Masra, figure emblématique de l’opposition, a rapidement fait son retour sur le devant de la scène politique. Lors d’une conférence de presse le 15 août, il a appelé à une collaboration avec le gouvernement de Mahamat Déby, incitant ce dernier à former un gouvernement d’union nationale.

Masra, économiste de formation, a fondé le parti Les Transformateurs en juin 2018 après avoir quitté la Banque africaine de développement. Son parcours politique, bien que relativement récent, est marqué par des revirements notables. Il s’était auparavant opposé à Idriss Déby Itno, contestant notamment sa candidature à la présidentielle de 2021, et avait été empêché de se présenter à cause d’une révision constitutionnelle.

Contexte factuel

Dès 2019, Masra avait appelé à un dialogue national, mais ses demandes avaient été balayées par le régime, entraînant répression et arrestations. En 2021, après avoir échappé à une tentative d’arrestation, il avait été contraint de se réfugier à l’ambassade américaine. Masra avait ensuite rencontré Idriss Déby pour lui demander de renoncer à sa candidature, mais ce dernier avait été réélu avant d’être tué en avril 2021.

Après la création du Conseil militaire de Transition (CMT) dirigé par Mahamat Déby, Masra avait dénoncé un coup d’État et plaidé pour un gouvernement consensuel. Malgré sa participation au dialogue national, il avait rejeté les conclusions de celui-ci, entraînant une nouvelle vague de manifestations, souvent réprimées violemment, causant entre 60 et 200 morts et près de 2 000 arrestations.

Données ou statistiques

Les répressions des manifestations, notamment le « Jeudi noir » du 20 octobre 2022, ont conduit Masra à l’exil. Son retour au Tchad le 3 octobre 2023, malgré un mandat d’arrêt international, a été facilité par des accords de réconciliation, qualifiés par certains leaders de l’opposition de « d’accords de dupe ».

Conséquence directe

Masra, désormais en phase avec le régime, a appelé à voter pour la nouvelle Constitution lors du référendum prévu le 17 décembre 2023. Cependant, la nature de cette réconciliation soulève des interrogations quant à sa pérennité et à la crédibilité de Masra en tant qu’opposant.

Source : Courrier International.

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