Le porte-à-porte des ONG fait réagir en Suisse romande

Le porte-à-porte des ONG fait réagir en Suisse romande

Des Romands et Romandes rapportent avoir vécu des approches intrusives, parfois jugées trompeuses, de la part d’ONG pratiquant le porte-à-porte. Les organisations défendent cependant une activité « encadrée » et « nécessaire », bien que certaines pratiques suscitent des interrogations.

Emilie, résidente de la Glâne, raconte une expérience désagréable survenue en avril dernier : « J’étais en train de décharger ma voiture quand un homme est arrivé avec un calepin et a commencé à me parler de Pro Natura. » Elle estime que le contexte n’était pas propice à une prise de décision. « Je lui ai dit que je ne pouvais pas décider sur le moment et que, pour toute décision financière, je devais en parler à mon mari, mais qu’il pouvait repasser un autre jour. » Pourtant, le soir même, son conjoint signe un engagement pour un don annuel de 300 francs. « Le démarcheur est repassé et a raconté à mon mari qu’on en avait parlé ensemble et que j’avais donné mon accord. Or, ce n’était pas du tout le cas. »

Contactée sur cette situation, Pro Natura indique que le cas décrit n’est pas conforme au « code de conduite strict » que doivent respecter ses démarcheurs, précisant qu’il ne correspond « ni à ses pratiques, ni à ses valeurs ». L’organisation a signalé l’incident à son partenaire pour éviter que cela ne se reproduise.

De nombreux habitants expriment un malaise face à ces méthodes. Les témoignages évoquent des échanges dans des contextes peu propices à une décision éclairée, un tutoiement souvent mal perçu, ainsi que des passages dans des immeubles sécurisés malgré des demandes répétées de quitter les lieux. Anne, ancienne donatrice de Médecins Sans Frontières, a suspendu ses versements réguliers après avoir été démarchée à plusieurs reprises. Elle témoigne : « J’ai eu le sentiment d’avoir affaire davantage à des vendeurs qu’à des personnes représentant une cause qui me tient à cœur. »

Médecins Sans Frontières reconnaît que le porte-à-porte peut être perçu comme « intrusif », mais as que ses équipes sont formées pour adopter une approche « respectueuse, transparente et non insistante ». Helvetas, de son côté, admet recevoir des plaintes, en précisant que celles-ci surviennent souvent lorsque le donateur change d’avis.

Julien*, un ancien « dialogueur » porte-à-porte, décrit un système axé sur la performance, où la pression des résultats est forte. Il souligne que « une personne qui n’arrive pas à respecter les quotas hebdomadaires ou mensuels peut être licenciée du jour au lendemain. » La formation, selon lui, est souvent insuffisante, et l’apprentissage se fait principalement sur le terrain, où la pression peut influencer la manière dont certains démarcheurs présentent les informations.

La plupart des ONG externalisent leur collecte de fonds à des entreprises privées, qui se chargent du recrutement et de la formation des dialogueurs. Par exemple, Lazoona offre une rémunération de 210 francs par jour, avec des bonus en fonction des performances.

Le démarchage porte-à-porte a gagné en importance ces dernières années, notamment après la pandémie, les ONG cherchant à compenser la baisse des dons provenant d’autres sources. Pro Natura affirme que « le dialogue direct à la porte reste la méthode la plus efficace pour obtenir un soutien durable. »

L’ensemble des ONG contactées rappellent qu’elles dépendent des contributions annuelles de leurs membres pour financer leurs activités.

Source : Hélène Krähenbühl

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