Au Burkina Faso, la morale RPP s’invite dans la culture
Au Burkina Faso, la situation est délicate pour les organisateurs d’événements culturels. Le ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme a récemment émis des mises en demeure à plusieurs d’entre eux, entraînant la suspension de 18 manifestations culturelles et festives. Parmi les événements concernés figurent « Urban Vibes » à Bobo-Dioulasso, « The Out Side » à Loumbila, ainsi que « Tropical Sommer » et « Ouaga Plage » à Ouagadougou.
Cette décision fait suite à la diffusion sur internet de photographies jugées contraires à la morale. Bien que certains de ces événements aient déjà eu lieu cette année, la suspension concerne leurs prochaines éditions.
Les organisateurs qui ne se conforment pas à cette directive risquent des sanctions, telles que le retrait de leurs autorisations, des amendes, voire l’interdiction d’exercer des activités artistiques. Cette action s’inscrit dans une politique plus large d' »assainissement et d’éducation citoyenne » instaurée par les autorités militaires dans le cadre de la « Révolution progressiste populaire » (RPP).
Une loi adoptée en mars 2025 (loi n°004-2025/ALT) régule le statut des artistes et l’exercice culturel au Burkina Faso, stipulant que les œuvres doivent respecter l’ordre public et les bonnes mœurs.
La définition des « bonnes mœurs » demeure subjective et floue. Un promoteur culturel a indiqué que les autorités communiquent souvent de manière informelle pour dicter la conduite à suivre. Les artistes sont ainsi incités à éviter les danses jugées obscènes et un langage cru, tout en devant respecter la « dignité ». Toutefois, ces limites, bien que tacites, sont reconnues par les acteurs du milieu.
Le ministre, surnommé « Camarade Ouédraogo », effectue régulièrement des visites sur le terrain pour soutenir certains artistes et valider des événements, tels que le festival Youki Couleurs à Bobo Dioulasso, qui se déroule jusqu’au 30 août et propose danse, musique et poésie. Les manifestations doivent s’aligner sur les « valeurs de la culture burkinabè », perçues comme éternelles.
Les artistes, comme Kosa Pic, ont déjà été emprisonnés pour des clips considérés comme obscènes, ce qui incite de nombreux créateurs à privilégier l’allusion plutôt que la provocation.
Source : DW



