Actrices oubliées des luttes anticoloniales: Élisabeth Domitien en Centrafrique [6/10] - Reportage Afrique

Élisabeth Domitien : Une actrice oubliée des luttes anticoloniales en Centrafrique

Cap sur la Centrafrique pour notre série consacrée aux actrices oubliées des luttes anticoloniales, à la rencontre d’Élisabeth Domitien. Née dans la région de la Lobaye vers 1925, cette militante s’engage très jeune au sein du Mouvement pour l’évolution sociale de l’Afrique noire (Mesan) fondé par Barthélemy Boganda. Longtemps restée dans l’ombre des grandes figures masculines de l’histoire centrafricaine, elle fut pourtant l’une des artisanes de l’indépendance. Responsable des femmes au sein du Mesan, elle a contribué à diffuser les idéaux du mouvement indépendantiste auprès des populations. Alors que son nom semble peu à peu s’effacer de la mémoire collective, certains plaident pour une meilleure reconnaissance de son héritage.

Sous les arbres et sur les banquettes aménagées dans l’enceinte de l’Alliance française, quelques visiteurs consultent des ouvrages d’histoire et de vieux albums photographiques consacrés à la République centrafricaine. Sur plusieurs clichés jaunis par le temps apparaît le visage d’Élisabeth Domitien, souvent entourée de militantes ou de responsables politiques de l’époque. Maurice Guimendego, professeur d’histoire, souligne son rôle de leader politique féminin au sein du Mesan, où elle s’engage à la fin des années 1940. Bien qu’elle ne parlait pas français, elle prononçait ses discours en sango, affichant un charisme naturel.

Yvon Yangana, un visiteur, a récemment découvert son histoire. Il remarque que les noms des grands leaders masculins reviennent souvent lorsque l’on évoque l’indépendance du pays. Pourtant, Domitien, en tant que responsable des femmes au sein du Mesan, a mobilisé les mères, commerçantes et agricultrices sur l’importance de l’émancipation du peuple centrafricain.

Dans la médiathèque, un groupe de jeunes observe des photographies montrant Élisabeth Domitien lors de cérémonies officielles. Antoine Gonda, un agriculteur d’une vingtaine d’années, souligne son caractère déterminé et son franc-parler, même face aux autorités. Malgré le fait qu’un hôpital porte son nom, il estime qu’elle est tombée dans l’oubli.

Après l’indépendance de la République centrafricaine en 1960, Élisabeth Domitien poursuit son engagement politique. Son influence grandit au sein du Mesan, et en 1972, elle devient vice-présidente du parti. Trois ans plus tard, le président Jean-Bedel Bokassa la nomme Première ministre, faisant d’elle la première femme à occuper cette fonction en Afrique subsaharienne.

Source : RFI

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