Oublier les fausses certitudes pour investir dans un monde nouveau
Une frontière invisible dans l’espace, symbolisant l’écroulement des anciennes lois, caractérise la situation actuelle sur les marchés internationaux des capitaux, selon Mika Kastenholz, Global Head Investment Solutions chez LGT Private Banking. Il évoque l’« horizon des événements » de l’astrophysique pour illustrer une période où les relations économiques familières ne sont plus fiables. Pour Kastenholz, le principal défi d’aujourd’hui n’est pas la volatilité, mais la remise en question des hypothèses établies au cours des dernières décennies.
Cette transformation structurelle repose sur cinq facteurs clés : la géopolitique, les changements sociétaux, la dette publique, le changement climatique et l’intelligence artificielle. Kastenholz souligne que l’ordre économique néolibéral est en pleine mutation, illustré par la guerre en Europe et l’instabilité au Proche-Orient. Le FMI a récemment ajusté ses prévisions de croissance mondiale à la baisse, en lien avec ces tensions géopolitiques.
Pour naviguer dans cet environnement incertain, il est essentiel d’observer des constantes historiques. LGT mise sur l’expérience de la famille princière du Liechtenstein, qui a su perdurer pendant plus de 900 ans. Un principe fondamental est de réfléchir par scénarios, permettant ainsi de se préparer à des évolutions variées plutôt que de s’en tenir à des prévisions rigides.
Les évolutions sociétales, telles que l’augmentation des inégalités et la méfiance envers les institutions, ainsi qu’un endettement public mondial élevé, ajoutent une pression supplémentaire. Kastenholz critique le modèle financier actuel qui privilégie la consommation immédiate grâce à des taux d’intérêt bas, affirmant qu’il ne peut fonctionner indéfiniment. En cas d’augmentation des taux d’intérêt et de l’inflation, ce modèle atteindra ses limites.
Le tournant de l’intelligence artificielle
L’intelligence artificielle est perçue par Kastenholz comme le moteur principal de cette nouvelle ère. Bien qu’il ait été initialement sceptique, il constate que l’IA devient de plus en plus performante avec l’accroissement des données, en particulier dans des domaines techniques. Cependant, il avertit que les modèles prédictifs perdent de leur pertinence face à l’évolution rapide des données. L’IA, tout en augmentant la productivité, pourrait également engendrer des bouleversements sociétaux.
Kastenholz met en garde contre une vision trop optimiste de l’IA, qui pourrait devenir un instrument de pouvoir géopolitique, notamment à travers des restrictions sur les technologies clés. Ces mes pourraient nuire à toutes les parties impliquées.
À la recherche du rendement de demain
Face à la formation de blocs géopolitiques et à la hausse de la dette publique, Kastenholz prédit que les portefeuilles classiques pourraient rencontrer des difficultés, et évoque un effondrement similaire à celui de 2008 comme un scénario plausible. Il souligne que la volatilité est désormais une réalité périodique.
Il met en garde contre l’idée que les marchés reviendront à leurs moyennes historiques, prédisant que ceux qui s’accrochent à de telles hypothèses risquent de subir des pertes. Dans un monde fragmenté, une stratégie de type « buy and hold » pourrait ne plus suffire. Kastenholz identifie des opportunités dans les secteurs de l’énergie, de l’intelligence artificielle et de la santé, en tenant compte des tendances démographiques et technologiques.
Concernant le second semestre, il attire l’attention sur les élections américaines de novembre, indiquant que la victoire des républicains pourrait créer plus d’incertitudes pour les marchés que celle des démocrates. Cette incertitude politique pourrait influencer les évolutions économiques à venir.
En conclusion, Kastenholz insiste sur la nécessité d’accepter les changements sans préjugés pour réussir les investissements à long terme, affirmant que seuls ceux qui remettent en question les schémas de pensée existants pourront naviguer avec succès dans ce nouvel environnement.
Source : LGT Private Banking



