La Suisse a-t-elle jamais été neutre depuis 1291 ?

La Suisse a-t-elle jamais été neutre depuis 1291 ?

Dans le cadre de la campagne entourant l’initiative populaire « Sauvegarder la neutralité suisse », soumise au peuple le 27 septembre 2026, ses partisans réclament une posture « traditionnelle » de la neutralité. Mais ce modèle ancien a-t-il seulement existé, ou bien la neutralité est-elle un concept en perpétuelle adaptation ?

La Suisse est souvent perçue comme un bastion de la neutralité, une notion que beaucoup ont apprise à l’école. Toutefois, la question se pose : que signifie réellement « être neutre » ? L’initiative sur la neutralité, portée par un comité lié à l’UDC, vise à inscrire une définition plus stricte de la neutralité dans la Constitution fédérale. Les initiants prônent un retour à une « neutralité traditionnelle », mais cette forme de neutralité a-t-elle réellement existé ou a-t-elle été constamment réinterprétée au fil des siècles ?

De 1291 à 1515 : l’expansionnisme militaire agressif

Entre le Pacte fédéral d’août 1291 et la bataille de Marignan en 1515, les cantons suisses poursuivent des politiques extérieures variées, loin de toute notion de neutralité. Initialement une alliance défensive contre les Habsbourg, la Confédération des cantons devient une puissance militaire influente en Europe, se lançant dans des conquêtes territoriales, notamment l’Argovie et le Tessin.

Les cantons s’impliquent activement dans les conflits européens, comme lors des guerres de Bourgogne (1474-1477) et des premières guerres d’Italie (1494–1559).

De 1516 à 1815 : entre le « service de France » et la « non-intervention »

Après la défaite de Marignan, les divisions entre cantons s’accentuent. Un traité signé en 1516 avec la France, la Paix perpétuelle de Fribourg, accorde aux Confédérés des avantages en échange de la priorité de recrutement des mercenaires suisses pour l’armée française. Ce mercenariat devient une source de revenus, tout en posant les bases d’une future neutralité.

De 1815 à 1945 : de la neutralité « perpétuelle » à la neutralité « intégrale »

Le Congrès de Vienne en 1815 reconnaît la « neutralité perpétuelle » de la Suisse, un statut qui vise à établir un État tampon entre grandes puissances. Cependant, cette conception de la neutralité est contestée par certains historiens qui estiment qu’elle existait avant cette reconnaissance. La création de la Croix-Rouge en 1863 et la première Convention de Genève en 1864 marquent une évolution vers une neutralité humanitaire.

De 1945 à 1989 : l’équilibrisme de la Guerre froide

Durant la Guerre froide, la neutralité suisse devient emblématique au niveau mondial, Genève étant un lieu clé pour les négociations internationales. La Suisse maintient une position de neutralité juridique tout en étant profondément ancrée dans l’économie du bloc occidental.

De 1990 à nos jours

Le débat actuel sur la neutralité, intensifié par la guerre en Ukraine et les sanctions économiques contre la Russie, soulève des questions sur la pertinence de la neutralité suisse. Certains appellent à un retour à une « neutralité intégrale », sans sanctions économiques ni alliances militaires, tandis que d’autres soutiennent que la neutralité doit évoluer avec le contexte international.

Ce débat ne se limite pas à l’avenir de la neutralité, mais questionne également l’interprétation de son passé.

Sources : Sujet original de SRF.

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