Des mois de galère : au Neudorf, un dispositif aide les habitants à faire valoir leurs droits
Il est 10 h, ce jeudi 30 juillet, lorsque Marie-Chantal Hiff pousse la porte de la médiathèque du Neudorf. Elle s’installe auprès de Maël Richecoeur, agent numérique de la Ville. Ici, il aide les personnes à accéder à leurs droits et à se débrouiller avec leurs démarches en ligne. Depuis avril 2025, au lancement du dispositif « Neudorf-Musau Droits devant », Marie-Chantal a pris une quinzaine de rendez-vous avec Maël. « Si je peux, je viens toutes les semaines », déclare-t-elle.
Le programme « Territoires zéro non-recours » (TZNR) est une initiative nationale lancée en 2023 par le ministère des Solidarités et des Familles. 39 communes ont été retenues pour expérimenter ce dispositif. La Ville de Strasbourg a été sélectionnée en raison de la précarité de certains de ses quartiers. Dans la cité Ampère, par exemple, 40 % des 16-24 ans ne sont ni en emploi ni en formation. Au total, 771 800 euros ont été alloués à la Ville de Strasbourg et à la Caisse d’allocation familiale (CAF) du Bas-Rhin pour trois ans, durant lesquels deux agents sont recrutés pour intervenir dans les quartiers du Neudorf, de la Musau et Ampère.
Démarches administratives et tracas quotidiens
Marie-Chantal a découvert le dispositif un samedi matin sur le marché du Neudorf. Maël Richecoeur et Magalie Fleury, médiateur et conseillère en droits sociaux, distribuaient des tracts pour faire connaître le dispositif. La retraitée, âgée de 75 ans, a été conquise et en fait maintenant la promotion autour d’elle. Lors de son premier rendez-vous, Magalie l’a aidée à bénéficier de tarifs solidaires pour les trains, une aide dont elle ignorait l’existence.
Depuis, elle revient régulièrement pour ses démarches administratives, comme modifier son taux d’imposition ou effectuer des formalités liées à sa retraite. L’aide apportée ne se limite pas toujours aux droits sociaux. Vivant seule, Marie-Chantal ne peut pas compter sur ses proches pour effectuer ses démarches numériques. Ce jeudi-là, elle est venue pour utiliser un bon d’achat proposé par une enseigne sur son site internet. « C’est plus facile quand c’est Maël qui le fait », confie-t-elle.
Maël souligne : « C’est le côté humain que j’aime dans ce dispositif : on prend le temps et on crée une relation de confiance. Le numérique est un fil rouge. Je m’occupe de l’administratif du quotidien et je fais face à tout type de demandes, car les gens ne savent pas utiliser internet ou n’ont pas d’ordinateur à la maison. »
« Les gens ont besoin de parler »
Brigitte, mère d’un enfant en situation de handicap et ancienne pharmacienne, arrive d’un pas pressé dans le bureau de Magalie. Elle vient chercher des réponses sur les démarches qu’elle entreprend pour son fils. À la sortie de son rendez-vous, elle rejoint Maël pour poursuivre certaines formalités en ligne. « J’aurais aimé connaître le dispositif plus tôt, ça m’aurait évité les allers-retours entre les différentes associations et les services de la mairie. J’ai fini par trouver toute seule, mais ça m’aurait économisé des mois de galère », s’agace-t-elle.
Pour Magalie, ces parcours illustrent les limites d’un accès aux droits souvent fragmenté. « Être baladé d’administration en administration nuit à la relation avec le service public. Les gens ont besoin de parler, de raconter la complexité de leur situation. Si on ne prend pas le temps d’écouter, on oriente mal la personne », souligne-t-elle.
« Moi, je n’ai droit à rien »
Quatre fois par semaine, Magalie et Maël animent des permanences dans différents lieux du Neudorf. Les ateliers se déroulent à la médiathèque le jeudi après-midi, à la direction du territoire le mercredi matin, ainsi que dans les quartiers prioritaires de la ville, comme la cité Ampère le mardi et la cité Risler le mercredi après-midi.
Lors d’entretiens d’environ une heure, Magalie échange avec les habitants sur leur situation personnelle et économique. Elle identifie les aides auxquelles ils pourraient être éligibles et les oriente vers les structures ou associations compétentes. Son accompagnement couvre aussi bien les dispositifs nationaux que les aides proposées par la Ville.
Depuis le lancement du dispositif, près de 200 personnes ont été accompagnées. À l’issue des trois années d’expérimentation, « Droits devant » pourrait être étendu à d’autres quartiers de Strasbourg. Magalie souhaite continuer à aller vers ceux qui, sans cela, ne franchiraient peut-être jamais la porte d’un service public.
Source : Rue89 Strasbourg.



