Il y a urgence, une génération est déjà sacrifiée

Ce vendredi 14 août, le Conseil constitutionnel a censuré la loi sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans au nom de la liberté d’expression. Une décision difficile à entendre pour Emmanuelle Pouédras, dont le fils s’est donné la mort en 2024, après avoir été victime de cyberharcèlement.

La notification l’a laissée « sans voix ». Ce vendredi 24 août, Emmanuelle Pouédras prend connaissance de la décision du Conseil constitutionnel, relative à la loi portant sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Saisie par des députés socialistes et insoumis, la Haute juridiction considère que la me porte « une atteinte qui n’est pas adaptée, nécessaire et proportionnée » à la liberté d’expression des adolescents. Habitante de Lorient (Morbihan), la mère de famille as respecter cette décision, tout en soulignant que les enfants ont déjà d’autres manières de s’exprimer, que ce soit en classe, à la maison, ou par le biais du sport ou du théâtre.

Emmanuelle Pouédras mène un combat pour la protection de l’enfance depuis près de deux ans. Le 6 septembre 2024, son fils Clément, 15 ans, se donne la mort du pont Saint-Maurice dans le Finistère. Quelques jours plus tard, alors que l’enquête conclut à un suicide, Emmanuelle découvre sur le téléphone de son fils plusieurs conversations sur les réseaux sociaux où il est victime d’insultes de la part de camarades.

Depuis, elle a porté plainte, soulignant les lacunes de l’enquête, et tente de faire entendre que le décès de Clément est lié au cyberharcèlement qu’il subissait. Elle est convaincue qu’il est urgent d’écarter les enfants de ces plateformes. « Il y a urgence. Une génération d’enfants est déjà sacrifiée. On en a fait le constat, mais on a une loi retoquée », déclare-t-elle. Elle interpelle également les législateurs : « Comment ceux qui nous dirigent ont-ils pu rédiger un texte inconstitutionnel ? »

Suite à la décision du Conseil constitutionnel, le président de la République a chargé le Premier ministre Sébastien Lecornu de « travailler » à une rédaction juridiquement robuste de la loi. Cette réforme devrait aboutir « d’ici au printemps 2027 ». Emmanuelle Pouédras craint toutefois que le projet soit repoussé, notamment avec le début de la campagne présidentielle.

Le Conseil constitutionnel reconnaît l’exigence de protection de l’intérêt supérieur de l’enfant, mais juge l’interdiction trop large, susceptible de s’appliquer à des services dont les risques ne sont pas établis. Le texte de loi prévoyait d’écarter les jeunes des réseaux sociaux comme TikTok ou Instagram, mais aussi des messageries comme WhatsApp, certains jeux vidéo en ligne, ou encore des fonctionnalités sociales sur YouTube.

Emmanuelle Pouédras estime qu’une telle loi représente une « bonne base », tout en admettant que cela ne réglera pas tout. Elle insiste sur le fait que la protection numérique ne doit pas rester une promesse. « Ce qui aurait pu le sauver, c’est qu’il n’ait pas pu se créer un compte dès 13 ans », souligne-t-elle. À cet âge, Clément s’était créé un compte Snapchat et TikTok « à notre insu », sur la tablette de l’établissement.

Le combat d’Emmanuelle Pouédras est loin d’être terminé. Elle affirme que la jeunesse doit pouvoir grandir en sécurité et ne peut accepter que des jeunes soient insultés sur des plateformes comme WhatsApp. Fin juillet, une enquête de l’Arcom a révélé que plus de deux tiers des enfants de 10 à 14 ans considéraient que la majorité numérique à 15 ans était une bonne idée.

La lutte pour la protection des enfants sur les réseaux sociaux continue, avec des appels croissants pour une législation plus stricte et des mes concrètes pour limiter les risques de cyberharcèlement.

Source : France 3 Bretagne

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