La passion intacte d’un céréalier bio face aux pièges du marché
Verfeil, France – Lors du festival 31 Notes d’été, les visiteurs ont été accueillis sur l’exploitation de Jean-Christophe Lapasse, céréalier-meunier bio, qui cultive avec passion cent hectares de terres.
Jean-Christophe a débuté son aventure agricole en 1996 en reprenant les terres de ses grands-parents, initialement sur une trentaine d’hectares. En 2011, il a amorcé une transition vers l’agriculture biologique en convertissant 15 hectares, et a finalisé cette conversion il y a trois ans. « Je voulais ainsi retrouver du lien avec les clients qui consomment ce que je produis », explique-t-il. Le processus de conversion demande patience, car la première année de récolte est considérée comme conventionnelle, et le produit devient réellement bio à partir de la troisième année.
Sur ses parcelles, Jean-Christophe diversifie ses cultures, incluant blé tendre, tournesol strié, lentilles, épeautre, sarrasin et pois chiches. Il expérimente près de 15 espèces chaque année. Ses récoltes sont transformées sur place en farines, blésotto et pâtes artisanales. Depuis 2022, il produit également de l’huile de tournesol de première pression. La commercialisation se fait par la vente directe et sur les marchés de Lavaur et Saint-Jean.
Cette réussite est le fruit d’un effort collectif. Carine, son épouse depuis 30 ans, l’assiste dans la gestion de l’exploitation. « Il y a 20 ans, j’ai commencé par la comptabilité, puis je me suis occupée de la vente directe et de la communication », confie-t-elle. Leurs enfants, Clara et Benjamin, participent également lors des périodes de forte activité. Carine a conservé un emploi salarié en raison des aléas économiques auxquels le secteur est confronté. Elle souligne que les jeunes agriculteurs se questionnent sur la viabilité du bio, face à des rendements souvent moindres.
Jean-Christophe précise que le coût des produits bio reste élevé, car la production est trois fois inférieure à celle du conventionnel. De nombreux agriculteurs se sont tournés vers le bio pour bénéficier d’aides, mais après cinq ans, lorsque celles-ci prennent fin, il est crucial que la production soit suffisante pour rémunérer l’exploitant. Cela explique en partie une vague de déconversions.
De plus, des contraintes matérielles pèsent sur l’exploitation. « J’ai un petit moulin à meule de pierre. Il faut près de deux heures pour écraser 25 kg de graines », indique-t-il. Face à une demande croissante, un nouvel investissement s’impose : « Notre moulin a coûté 10 000 €. Aujourd’hui, il faudrait investir 30 000 € pour le modèle dont nous aurions besoin ». Malgré ces défis, Jean-Christophe Lapasse reste déterminé, convaincu que le respect de la terre et des consommateurs justifie tous les sacrifices.
Source : La Dépêche



