Quand l’IA fait les devoirs, le bus va plus vite, mais l'élève court derrière

Quand l’IA fait les devoirs, le bus va plus vite, mais l’élève court derrière

Le débat autour de l’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur l’éducation prend de l’ampleur. Katherine Rundell, autrice jeunesse et fellow à l’université d’Oxford, souligne dans son essai pour The Guardian que si les outils numériques permettent de rédiger des devoirs sans avoir lu les œuvres originales, cela peut nuire à l’apprentissage réel des élèves.

Rundell illustre son propos avec l’exemple d’un étudiant qui doit courir trois kilomètres. Même si un bus arrive plus rapidement à destination, l’objectif de l’exercice est de courir, tout comme la valeur d’un devoir réside dans le processus d’apprentissage, pas seulement dans le produit final. Elle met en garde contre le phénomène de « déchargement cognitif », où les élèves délèguent leur effort mental à des outils, ce qui pourrait conduire à une « reddition cognitive ».

Dans une étude récente publiée sur arXiv, il a été démontré que l’assistance d’une IA améliore les résultats des élèves durant son utilisation, mais une fois l’outil retiré, leurs performances diminuent. Cette étude, qui a impliqué 1 222 participants, montre que ceux qui demandent directement des réponses à l’IA abandonnent plus souvent que ceux qui cherchent des indices ou des clarifications.

Au Royaume-Uni, une enquête menée par le National Literacy Trust en 2025 révèle que 66,5 % des 13-18 ans utilisent l’IA générative, et parmi eux, 60,9 % l’utilisent pour leurs devoirs. En parallèle, une légère augmentation du plaisir de lire a été observée, avec 36,1 % des 8-18 ans déclarant aimer lire pendant leur temps libre, une première hausse depuis 2021.

Rundell conclut que la question n’est pas seulement de savoir ce que les modèles d’IA absorbent, mais aussi ce que les élèves cessent de faire lorsqu’une machine s’occupe de la lecture et de la rédaction pour eux. Elle insiste sur l’importance de « lire pour le pouvoir », afin de conserver suffisamment de connaissances et d’esprit critique pour penser de manière autonome.

Source : Katherine Rundell, The Guardian, National Literacy Trust

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