La nouvelle course à la lune va-t-elle transformer notre voisin terrestre en dépotoir ?
Un étage de fusée Falcon 9 pesant 4 000 kg a percuté la Lune le 5 août, soulevant un nuage de régolithe lunaire visible depuis la Terre. Cet incident a ajouté un objet à la liste des environ 3 000 éléments d’origine humaine disséminés sur la surface de notre satellite naturel. Des experts estiment qu’il est temps de traiter l’environnement lunaire avec davantage de respect.
Depuis le début de l’ère spatiale, environ 200 tonnes de matériaux terrestres ont été soit laissés intentionnellement, soit accidentellement sur la Lune. Parmi ces objets figurent les modules de descente des six missions Apollo, ainsi que les rovers Lunakhod soviétiques des années 1970 et les robots chinois Yutu 1 et 2 des années 2010.
Cependant, beaucoup de ces objets n’étaient pas censés se retrouver là. Jonathan McDowell, astronome et historien de l’espace, indique que de nombreux étages de fusée et autres débris laissés en orbite entre la Terre et la Lune depuis les premières missions lunaires des années 1960 pourraient avoir fini par atterrir sur le sol lunaire. Par exemple, un étage de Falcon 9 s’est écrasé près du cratère Einstein, après qu’un autre étage de fusée chinoise Long March 3C ait frappé la face cachée de la Lune. Les experts pensent que de tels incidents pourraient devenir de plus en plus fréquents à me que l’exploration lunaire s’intensifie.
Nous sommes actuellement dans une phase de transition, où l’exploration lunaire, autrefois dominée par les États-Unis et l’Union soviétique, voit l’arrivée de nouvelles nations et le début de missions commerciales. Cependant, la gouvernance n’a pas suivi cette évolution. Il n’existe pas d’accords internationaux sur la manière d’opérer près de la Lune, ce qui sera nécessaire à me que le nombre d’acteurs augmente.
Les activités humaines sur la Lune sont régies par le Traité de l’espace de 1967. Marieta Valdivia Lefort, responsable des politiques à la Royal Astronomical Society au Royaume-Uni, souligne que l’article IX de ce traité oblige les pays à « mener l’exploration de l’espace de manière à éviter la contamination nuisible ». Cependant, la définition de ce qui constitue une contamination nuisible reste floue.
Il n’existe pas de cadre juridique international spécifique pour la gestion des déchets sur la Lune. Lefort précise que le Traité de l’espace ne fixe pas de limites numériques pour les déchets, ne crée pas de sites d’élimination approuvés et ne requiert pas l’enlèvement de chaque objet sur la Lune.
Les impacts de fusées lourdes modifient l’environnement lunaire et pourraient effacer des matériaux scientifiques encore inexplorés. McDowell met en garde contre les dangers de laisser des objets en orbite proche de la Lune, car cela pourrait entraîner des collisions imprévisibles.
La récente collision du Falcon 9 a relancé le débat sur le comportement responsable dans l’espace, soulignant la nécessité d’une réglementation stricte avant que l’activité lunaire ne devienne trop intense.
Cette situation pourrait avoir des conséquences à long terme sur les missions scientifiques futures et la préservation de l’environnement lunaire.
Source : Space.com



