Du blockbuster au film d’auteur : le renouveau du cinéma d’horreur
Les films d’horreur connaissent un regain de popularité sans précédent. Longtemps écartés des grandes cérémonies comme les Oscars ou le Festival de Cannes, ces œuvres horrifiques reviennent sur le devant de la scène, comme en témoigne le succès des récents films Backrooms et Obsession, réalisés par des jeunes réalisateurs indépendants. Ce retournement s’explique par une économie particulière du genre, qui a longtemps fonctionné comme une machine à rentabilité.
Un film d’horreur, souvent tourné dans une « maison hantée » avec un nombre limité d’acteurs et une petite équipe, peut être produit à faible coût tout en ayant le potentiel de générer des revenus considérables. Sur les dix longs-métrages les plus rentables de l’histoire du cinéma, six appartiennent au genre horrifique, à l’instar de Le Projet Blair Witch, qui a été réalisé avec un budget de 35 000 dollars et a rapporté 248 millions de dollars. Cependant, cette stratégie a également conduit à une saturation du marché, avec une multiplication des suites, comme les douze volets de Vendredi 13 et les neuf de Massacre à la tronçonneuse. Le critique Gilles Penso souligne que cette tendance pourrait rendre le cinéma hollywoodien à gros budgets quelque peu répétitif.
L’essor de l’« elevated horror »
Depuis le début des années 2010, un nouveau courant, désigné par la presse comme « elevated horror », a émergé. Des films tels que Get Out, Hérédité et The Substance adoptent une approche plus psychologique et personnelle tout en s’inscrivant dans les codes classiques du genre. Gilles Penso décrit ces films comme des œuvres d’auteur, souvent produites de manière indépendante et racontant des histoires intimes. Le succès critique est indéniable : Get Out a remporté l’Oscar du meilleur scénario en 2018, tandis que The Substance a reçu le prix du meilleur maquillage et Sinners a obtenu quatre statuettes. Penso affirme que ces films vont au-delà des simples récits de monstres, en offrant un reflet de notre société.
Un autre facteur de ce renouveau est l’émergence de jeunes réalisateurs issus de divers horizons. Curry Barker, 26 ans, connu pour ses vidéos humoristiques sur YouTube, a réalisé cette année Obsession, visionné par plus d’un million de Français. Kane Parsons, 21 ans, a produit Backrooms, le plus grand succès du studio A24. La journaliste spécialisée Lilyy Nelson note que l’industrie cinématographique accorde désormais une réelle confiance aux créateurs issus de la culture web, permettant une écriture plus nuancée et moderne des personnages.
De plus, une nouvelle génération de réalisatrices, comme Julia Ducournau (Titane), Coralie Fargeat (The Substance) et Marion Le Corroller (Sanguine), émerge également. Gilles Penso observe que ces réalisatrices explorent des thèmes que les hommes n’oseraient pas aborder, notamment dans le « body horror ». Toutefois, ce renouveau ne signifie pas la fin des blockbusters d’horreur traditionnels. Penso précise que ces nouvelles œuvres viennent s’ajouter à un genre qui, bien que longtemps sous-estimé, est désormais en pleine diversification.
Source : Le Dauphiné Libéré.



