Et si manger du fromage était finalement bon pour la santé ? Les explications du Pr Antoine Flahault – L'Express

Et si manger du fromage était finalement bon pour la santé ? Les explications du Pr Antoine Flahault

L’idée selon laquelle le fromage pourrait avoir des effets bénéfiques sur la santé commence à gagner du terrain, remettant en question les recommandations diététiques traditionnelles qui le classent souvent parmi les aliments à éviter. Le Pr Antoine Flahault, expert en santé publique, explore cette thématique à travers une série d’études récentes.

L’art de fabriquer du fromage remonte à l’époque où l’Homme a commencé à domestiquer les chèvres et les brebis. Les premières méthodes de production auraient été découvertes par hasard, lorsque le lait était conservé dans des panses d’animaux non sevrés, contenant de la pré, une enzyme qui coagule le lait. Ce procédé a perduré jusqu’au début du XXe siècle dans certaines régions méditerranéennes, où le fromage servait à conserver et transporter plus facilement les produits laitiers.

Au fil des siècles, les techniques de maturation ont été perfectionnées, notamment par les Romains et les moines du Moyen Âge. La pasteurisation du lait pour la fabrication de fromage a été introduite à la fin du XIXe siècle, en réponse à des préoccupations de santé, notamment la brucellose, une infection pouvant survenir avec la consommation de lait cru.

Aujourd’hui, l’Europe produit et consomme près de la moitié des fromages du monde, avec la France, l’Allemagne et l’Italie comme principaux producteurs. La France, à elle seule, propose entre 1 200 et 2 000 variétés de fromages, dont 47 sont labellisés AOP.

La réticence des nutritionnistes

Historiquement, les recommandations nutritionnelles se sont concentrées sur le nombre de calories et les nutriments isolés, négligeant la complexité des aliments. Des recherches récentes suggèrent qu’il serait plus pertinent de considérer les aliments dans leur intégralité, y compris les probiotiques présents dans les fromages fermentés, qui peuvent interagir avec le microbiote intestinal.

Les fromages, souvent riches en graisses saturées et en sel, ont été critiqués pour leur impact potentiel sur la santé cardiovasculaire. Cependant, des études épidémiologiques récentes montrent que la consommation de fromage pourrait ne pas avoir d’effets néfastes sur la santé, et pourrait même être bénéfique.

Le fromage, même gras, en quantité raisonnable

Malgré un NutriScore souvent défavorable pour les fromages, des études indiquent que leur consommation en quantités modérées ne semble pas associée à une augmentation des maladies cardiovasculaires. Au contraire, certaines recherches ont montré que les fromages pourraient réduire le taux de cholestérol LDL, le « mauvais » cholestérol.

Un essai randomisé a révélé que les participants consommant du fromage n’avaient pas augmenté leur taux de cholestérol par rapport à leur taux initial, contrairement à ceux qui consommaient du beurre.

Fromages et maladies neurodégénératives

Une étude suédoise a suivi près de 30 000 personnes âgées de 60 ans et plus pendant 25 ans, montrant que la consommation de plus de 50 grammes de fromage gras par jour était associée à une réduction de 13 % du risque de démence sénile. D’autres études corroborent ces résultats, notamment une cohorte de 2 500 hommes finlandais et une étude britannique impliquant 250 000 participants, tous deux indiquant des bénéfices cognitifs associés à la consommation de fromages.

Autres effets bénéfiques

Une analyse systématique de la littérature a rassemblé 54 revues, montrant que les consommateurs de fromage présentent moins souvent des infarctus, des maladies coronariennes et des AVC. De plus, la consommation de fromage est associée à une mortalité toutes causes réduite.

Pour conclure, les fromages sont des aliments riches en nutriments, contenant des protéines de haute qualité, des minéraux et des vitamines. Les recherches actuelles invitent à reconsidérer la place du fromage dans notre alimentation, en tenant compte de sa structure complexe et de ses potentiels effets bénéfiques sur la santé.

Source : Pr Antoine Flahault, Université Paris Cité, Inserm UMR 1137, Hôpital Bichat – Claude-Bernard

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