La crainte des sanctions américaines entrave l’aide humanitaire, avertit l’ONU
(La Havane) Le représentant des Nations unies à Cuba a averti que la crainte des entreprises de subir des représailles de la part des États-Unis freine l’arrivée d’une aide humanitaire pourtant vitale pour l’île, y compris des médicaments contre le cancer et des équipements pour le traitement de l’eau.
Francisco Pichon, coordinateur de l’ONU sur l’île communiste, a déclaré jeudi à l’AFP que la peur des sanctions américaines génère un excès de prudence de la part des compagnies maritimes, asurs et banques. Cette situation oblige les agences d’aide humanitaire à trouver d’autres moyens de faire parvenir les cargaisons et retarde notamment les livraisons destinées aux hôpitaux et aux écoles. « Ils réagissent au risque d’être sanctionnés en se retirant tout simplement, temporairement, de la fourniture de ces services », a expliqué M. Pichon.
Depuis janvier, les États-Unis ont imposé un blocus pétrolier de facto à l’île de 9,4 millions d’habitants, aggravant la crise énergétique déjà existante et provoquant régulièrement de longues coupures de courant. Washington a également menacé d’imposer des sanctions aux entreprises qui commercent avec La Havane, ce qui a accentué la pénurie de produits de base.
« Il n’y a pas de nourriture pour nous, les personnes âgées », a déclaré à l’AFP José Antonio Ortega, 68 ans. Cet habitant de La Havane, ancien chauffeur de camion, affirme que sa pension ne lui permet pas de vivre. Un seul pétrolier est arrivé à Cuba au cours des sept derniers mois, même si les ventes privées — et limitées — de réservoirs de carburant en provenance des États-Unis ont augmenté. « Ce qui touchait initialement les groupes les plus vulnérables affecte désormais la population de manière beaucoup plus large », a indiqué Francisco Pichon.
Pénurie d’eau
Les entreprises se montrent frileuses face à toute opération qui pourrait mettre en péril l’accès vital au système bancaire américain ou à la plus grande économie du monde. M. Pichon a cité en exemple l’envoi récent d’un médicament utilisé pour traiter un cancer infantile qui n’est pas arrivé à destination, faute d’avoir pu obtenir à temps un transport réfrigéré. Selon lui, il en va de même pour des kits destinés aux femmes enceintes et du matériel scolaire.
Les données du gouvernement cubain indiquent que la crise s’aggrave rapidement. Au cours de l’année écoulée, la mortalité infantile a plus que doublé, tandis que le taux de survie des enfants atteints de cancer est passé de 85 % à 65 %.
La pénurie d’eau est également de plus en plus préoccupante. Selon l’ONU, environ 3,5 millions de personnes subissent des interruptions dans l’approvisionnement en eau potable, et près d’un million dépendent de la distribution par camions-citernes, en raison du manque de carburant et d’électricité pour les systèmes de pompage. Le responsable onusien a souligné que la crise ne touche pas seulement les institutions cubaines, mais aussi le travail d’assistance mené par l’ONU sur place, marqué par des livraisons de carburant de plus en plus rares et par des voies privées.
Avec la saison des ouragans dans les Caraïbes, qui a commencé en juin, les responsables de l’ONU se disent particulièrement inquiets de la vulnérabilité des systèmes d’eau et d’assainissement, ainsi que du risque d’épidémies.
Source : Agence France-Presse



