Quand Paris nourrissait Paris | Alternatives économiques

Quand Paris nourrissait Paris

Paris, souvent désignée comme la « ville lumière », a également été un important centre de production légumière au XIXe siècle. En 1846, la capitale française dépasse le million d’habitants, et pour nourrir cette population croissante, elle se tourne vers la production de légumes locaux plutôt que vers l’importation. En effet, le nombre de maraîchers à Paris et dans sa petite couronne passe de 1 400 dans la première moitié du XIXe siècle à 1 800 en 1859 (dont environ 1 000 intra-muros) et atteint 2 500 en 1912 (dont 291 intra-muros).

Les noms de certaines rues, telles que la rue de la Roquette et la rue des Maraîchers, témoignent de cette tradition maraîchère. De plus, on recense 300 variétés de légumes portant le nom d’une commune d’Île-de-France, dont plus de 50 pour Paris, incluant des appellations comme le concombre blanc long parisien et le potiron jaune de Paris.

Les techniques de culture maraîchère héritées de Jean-Baptiste de La Quintinie, jardinier du roi Louis XIV, ont permis de développer des méthodes innovantes. La Quintinie avait créé des couches chaudes à base de fumier, permettant de cultiver des légumes même en hiver. Ces pratiques ont conduit à une réputation bien au-delà des frontières, attirant des observateurs de toute la France et du monde entier.

Les maraîchers parisiens, qualifiés d’« orfèvres du sol », ont affiné leurs techniques, comme en témoigne le « Manuel pratique de la culture maraîchère de Paris » publié en 1845 par Moreau et Daverne. Ils cultivaient en moyenne des parcelles de 7 500 m², où ils appliquaient des techniques de contre-plantation et d’arrosage optimisé, utilisant du paillis pour conserver l’humidité du sol.

Leur succès reposait sur l’utilisation de fumier, essentiel pour fertiliser une terre souvent ingrate. En 1880, Paris comptait environ 80 000 chevaux, qui transportaient les légumes aux Halles tout en ramenant du fumier. Grâce à ces méthodes, les maraîchers pouvaient récolter jusqu’à neuf fois par an, atteignant un rendement de 250 tonnes de légumes par hectare, soit 25 kilos par mètre carré.

Cependant, au début du XXe siècle, l’urbanisation et la spéculation foncière ont commencé à limiter l’accès aux terres proches de Paris. Les progrès des transports et de la réfrigération ont également permis d’importer des légumes de plus en plus éloignés. Après 1945, l’agriculture mécanisée et l’utilisation d’intrants chimiques ont profondément modifié le paysage agricole, réduisant le nombre de maraîchers à un seul à Paris en 1959.

Aujourd’hui, bien que la « French Method » des maraîchers parisiens continue d’inspirer, la production maraîchère urbaine fait face à de nouveaux défis. Des initiatives récentes visent à réintroduire ces pratiques dans un contexte moderne, alors que l’agriculture urbaine se développe en France.

Source : Alternatives économiques

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