Publié le 13 août 2026 à 12h18 – Dernière mise à jour le 13 août 2026 à 12h18
Ils sont venus par milliers, en famille ou entre amis, pour assister à un spectacle rare. Ce mercredi 12 août, à la base nautique Florence Arthaud, Marseille avait les yeux tournés vers le ciel pour observer une éclipse masquant jusqu’à 96,5 % du Soleil. Un immense succès populaire qui a dépassé toutes les prévisions : les 3 000 lunettes de protection prévues ont été distribuées en dix minutes.

Lunettes de protection sur le nez, téléphone à la main ou simplement le regard tourné vers le ciel. À la base nautique Florence Arthaud, plusieurs milliers de Marseillais se sont retrouvés ce mercredi soir autour d’une même curiosité : regarder la Lune grignoter progressivement le Soleil. Des familles, des enfants, des jeunes, des personnes âgées, des passionnés d’astronomie mais aussi beaucoup de curieux venus découvrir un phénomène qu’ils n’avaient parfois encore jamais observé. À me que l’éclipse progresse, les regards convergent vers le même point du ciel. Le Soleil disparaît peu à peu derrière la Lune jusqu’à être masqué à 96,5 %. Un spectacle rare qui aura surtout donné lieu à un étonnant moment collectif.
Une affluence que personne n’avait prévue

Les premiers signes de cet engouement étaient pourtant apparus bien avant le début de la manifestation. Deux heures avant l’ouverture, une file ininterrompue s’était déjà formée devant les grilles de la base nautique Florence Arthaud. 3 000 paires de lunettes de protection ont été distribuées gratuitement au public. Un nombre qui pouvait sembler important mais qui s’est révélé très insuffisant au regard de l’affluence exceptionnelle. En dix minutes, tout est parti. Au micro, l’annonce tombe : « Nous n’avons plus de lunettes. Je vous invite soit à rester sur le site et à profiter des télescopes, soit à quitter le site. » Plusieurs centaines de personnes qui avaient pourtant patienté repartent déçues. « On a le sentiment que c’est organisé comme dans une petite commune alors que Marseille est une grande métropole. C’est dommage », regrette l’un des participants. L’ampleur de cette affluence a surpris jusqu’aux associations d’astronomie présentes. « On a été étonnés de voir autant de monde, constate Michel Marcelin, directeur de recherche émérite au CNRS et membre de l’Académie des sciences, lettres et arts de Marseille. Les gens étaient là deux heures avant l’ouverture pour avoir ces fameuses lunettes de protection. »
Les lunettes passent de main en main

Le manque de lunettes n’entame pas la bonne humeur. Sur le site, ceux qui ont réussi à obtenir une paire la prêtent volontiers à leurs voisins. On regarde quelques instants, puis on la passe à quelqu’un d’autre. Les commentaires s’échangent, les enfants s’émerveillent et chacun raconte ce qu’il vient de voir. « C’était super, j’avais vraiment envie de faire connaître ça à ma fille. C’était un spectacle merveilleux et, en plus, avec le reflet dans l’eau, c’était incroyable », raconte une maman. À 7 ans, Léa a surtout été intriguée par les couleurs : « C’était joli. Le Soleil, au télescope, on le voit blanc, mais avec les lunettes, on le voit jaune et rouge. C’est très bizarre. » Une autre jeune femme sait déjà qu’elle gardera longtemps le souvenir de la soirée : « C’était magnifique. Je suis très contente d’avoir assisté à ça et je ne l’oublierai jamais. »
Combines pour immortaliser l’éclipse

Observer, mais aussi photographier. Les smartphones sont évidemment de la partie et chacun échange ses petites combines pour tenter d’immortaliser l’éclipse tout en protégeant ses yeux. « J’ai placé un filtre, similaire à celui des lunettes de protection, devant les objectifs, raconte une technicienne. Il faut ensuite zoomer, baisser la luminosité au maximum et prendre la photo. Tout bêtement. » Sur son écran apparaît effectivement un Soleil largement masqué par la Lune. Mais pour ceux qui n’ont pas obtenu de lunettes, les astronomes ont aussi installé leurs instruments. Télescopes et dispositifs d’observation permettent de découvrir autrement ce qui se déroule au-dessus de Marseille et, surtout, donnent l’occasion d’échanger avec ceux qui ont fait du ciel leur passion.
Merci l’éclipse !



Car pour les associations d’astronomie, l’éclipse, c’est du pain béni. Derrière le spectacle se cache une formidable occasion de parler de science, de sensibiliser le grand public aux phénomènes astronomiques et, qui sait, de susciter quelques vocations. « Aujourd’hui, on a été surpris par l’affluence et c’est tant mieux, analyse Luc Favre, de l’association Andromède. Il y a tous les publics. Des personnes qui découvrent tout, qui ont des connaissances basiques et qui ont parfois peur de poser des questions ou de dire des bêtises. On les ras : on a tous commencé par là. Et, à l’inverse, il y a des passionnés qui ont déjà des connaissances et qui trouvent ici des interlocuteurs avec lesquels échanger. Cela aussi, c’est très intéressant. » C’est peut-être là que se trouve la plus belle réussite de cette soirée. Pendant quelques heures, un phénomène astronomique a réussi à rassembler plusieurs milliers de personnes autour de la science et d’une même envie de comprendre ce qui se passait au-dessus de leurs têtes.
Rendez-vous dans un an
Ce 12 août 2026 restera dans les mémoires de nombreux Marseillais. Et les passionnés n’auront pas à attendre très longtemps pour retrouver un grand rendez-vous avec le Soleil. Le 2 août 2027, une nouvelle éclipse solaire sera totale dans une partie du bassin méditerranéen, notamment dans la région du détroit de Gibraltar. Alors gardez précieusement vos lunettes.
Reportage Joël BARCY



