On leur offre une alternative à la maison de retraite
Dans le cadre d’une série de rencontres avec les familles d’accueil pour personnes âgées du Lot-et-Garonne, direction Laroque-Timbaut. Margaux Grafeille, ancienne infirmière en Ehpad, et Christophe Lunardi, reconverti après une formation commerciale, accueillent chez eux Thérèse et Maïté depuis respectivement un an et demi et un mois.
Le couple s’est lancé il y a un an et demi, agréé par le conseil départemental pour recevoir jusqu’à trois personnes âgées. Margaux a longtemps exercé en établissement, où elle ne se retrouvait plus : « Je n’étais pas du tout satisfaite du fonctionnement, du peu de temps qu’on avait pour prendre soin correctement des gens. » Christophe, lui, a vu naître le projet en regardant sa compagne rentrer épuisée du travail, mais aussi son propre grand-père s’ennuyer dans un Ehpad où, pourtant autonome, il manquait de stimulation. « Je voyais bien qu’il n’était pas stimulé comme il aurait dû », se souvient-il.
Une alternative entre le domicile et la maison de retraite
Pour eux, la famille d’accueil se situe entre un maintien à domicile devenu impossible et une entrée en établissement souvent vécue comme un déracinement. « On se situe un peu entre le domicile et la maison de retraite, on peut s’adapter aux personnes qu’on reçoit », résume Christophe. Un fonctionnement aux antipodes des grandes structures, où le nombre de résidents empêche selon lui toute relation privilégiée : « On leur demande des résultats sans leur donner les moyens. Ici, on a le temps de créer un lien, de découvrir l’histoire des gens. » Le couple propose aussi de l’accueil temporaire, pour offrir du répit aux aidants familiaux, « une position très difficile à assumer aujourd’hui en France », selon lui, faute d’aide et de reconnaissance.
Thérèse et Maïté, une nouvelle vie au rythme du village
Première résidente arrivée, Thérèse, 91 ans, vivait seule dans un foyer autonome où elle ne se levait plus depuis un an. « Elle n’était pas stimulée, elle n’avait pas de lien social », explique Margaux. Depuis, la dynamique a changé : « Elle nous balance des petites vannes régulièrement, elle nous fait bien rigoler. » Pour son anniversaire, quinze proches et un accordéoniste se sont réunis toute une après-midi. Sa fille, racontent-ils, leur a écrit qu’elle avait « ressuscité ».
Arrivée il y a un mois, Maïté, 83 ans, souffre de troubles cognitifs mais garde une bonne autonomie physique. « Elle marche avec une canne, on a pu l’emmener se baigner à Montaigu de Quercy », raconte Christophe. Le potager, entretenu avec les résidentes, et les commerces du village, tout proches, rythment aussi le quotidien. Les journées s’organisent autour des passages infirmiers matin et soir, de la kinésithérapie, du ménage et des soins, sans horaires fixes. « Ce n’est pas un métier de 8 heures à 18 heures, ce sont des êtres humains », insiste Christophe.
Malgré des places disponibles, Margaux et Christophe peinent à se faire connaître, faute de communication autour de ce statut méconnu : « Les gens ne connaissent pas cette alternative. Il y a des personnes en attente et nous, on a des places, mais le lien ne se fait pas. » Une situation qu’ils opposent au fonctionnement des Ehpad, tenus, selon Christophe, par une logique de rentabilité : « Il faut qu’ils soient complets tout le temps, il y a des actionnaires, des dividendes. Nous, on ne fonctionne pas du tout de la même manière. »
Source : La Dépêche



