Cinq ans de pouvoir taliban : les Afghanes toujours plus enfermées

Cinq ans de pouvoir taliban : les Afghanes toujours plus enfermées

Sortir de chez soi est devenu un acte à risque en Afghanistan, alors que les restrictions se sont encore durcies depuis 2025. Selon ONU Femmes, les autorités de facto ont systématiquement démantelé les droits de la moitié de la population, faisant de l’Afghanistan un cas sans équivalent dans le monde moderne. Près de trois femmes sur quatre affirment ne pas se sentir en sécurité lorsqu’elles se déplacent sans leur tuteur masculin, et plus d’une sur deux évitent même les lieux publics, des marchés aux établissements de santé.

Derrière ces chiffres se dessine un dispositif de contrôle toujours plus étendu. Des milliers d’hommes et de femmes disposent désormais de pouvoirs leur permettant notamment de placer des personnes en détention. Cette surveillance nourrit un climat de peur qui frappe particulièrement les femmes et les filles.

Plus de 100 décrets contre les droits des femmes

Ce confinement à domicile a également un coût psychologique brutal. Coupées de la vie collective, de l’activité physique et de leurs soutiens sociaux, les femmes décrivent une dégradation continue de leur santé mentale. Sept sur dix considèrent désormais leur santé mentale comme « mauvaise » ou « très mauvaise », selon ONU Femmes.

Les restrictions de déplacement compliquent également l’accès aux soins. En 2024, l’Afghanistan affichait un taux de mortalité maternelle d’environ 638 décès pour 100.000 naissances vivantes. Depuis 2021, plus de 100 décrets ont été adoptés par les autorités de facto, institutionnalisant la discrimination à l’égard des femmes et limitant leurs droits fondamentaux.

L’exclusion des femmes de l’éducation, de l’emploi, de la vie publique, de la justice et des soins de santé s’est accentuée, faisant de l’Afghanistan « la crise la plus grave au monde en matière de droits des femmes ». En 2026, les décrets n° 12 et n° 18 ont encore restreint l’accès à la justice et affaibli le statut juridique des femmes, renforçant l’autorité des maris sur leurs épouses et compliquant l’accès au divorce.

Les filles toujours privées d’école

Dans ce climat de restrictions permanentes, les filles ne sont toujours pas scolarisées, compromettant l’avenir des générations actuelles et futures. Selon l’ONU, l’Afghanistan est le seul pays au monde à interdire systématiquement aux filles l’accès à l’enseignement secondaire et aux femmes l’accès à l’université. Cette exclusion constitue une violation de leur droit fondamental à apprendre et menace l’avenir économique du pays, où près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté.

ONU Femmes note que cette exclusion prive le pays de futures enseignantes, médecins, infirmières et sages-femmes. Si les restrictions actuelles persistent, l’Afghanistan pourrait perdre plus de 25.000 enseignantes et professionnelles de santé d’ici 2030. La participation des femmes au marché du travail reste extrêmement faible : seulement 7 % d’entre elles sont actives, contre 84 % des hommes. Leur exclusion sociale et économique devrait entraîner des pertes cumulées de 920 millions de dollars pour l’économie afghane, soit 5,8 % du PIB, entre 2024 et 2026.

Les organisations de femmes frappées par les coupes

Ce durcissement intervient alors que les coupes dans les financements internationaux mettent en péril des services vitaux. Près des trois quarts des organisations dirigées par des femmes interrogées par ONU Femmes ont subi des réductions de financement en 2025, et plus de la moitié s’attendent à devoir suspendre leurs activités ou fermer leurs portes au cours de l’année à venir.

Ces organisations constituent l’un des derniers recours pour de nombreuses femmes et filles afghanes, fournissant protection contre les violences, soins de santé, soutien en matière de santé mentale et accompagnement psychosocial. Cinq ans après le retour des talibans, l’espace public afghan se referme donc un peu plus sur les femmes, tandis que les restrictions sur leurs droits, leur éducation, leur travail et leur accès aux services essentiels continuent de s’étendre.

Source : ONU Femmes

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