C’est un leurre : les produits à base de nicotine se réinventent pour cibler les jeunes

Poches de nicotine, vapotage et tabac chauffé… Les produits sans tabac à base de nicotine sont souvent présentés comme moins risqués pour la santé que la cigarette classique. Ces alternatives, même interdites, renaissent sous diverses formes, mais le résultat reste le même : la dépendance.

De nombreux consommateurs de tabac considèrent ces alternatives comme des solutions à moindre risque. La cigarette électronique, les puffs, et les poches de nicotine à glisser contre la gencive sont souvent présentées comme des choix plus sûrs. Malgré les interdictions successives, ces substituts continuent de proliférer, tandis que les ventes de tabac ont diminué de 8,2 % chez les buralistes entre 2024 et 2025.

Ces produits sont plus accessibles pour ceux qui tentent d’arrêter, mais peuvent également constituer une porte d’entrée pour les jeunes. Jalane, une jeune femme habitant dans le Jura, se remémore : « J’ai vraiment commencé à consommer des poches de nicotine à l’internat du lycée avec du tabac à chiquer. » Elle précise qu’elle n’a jamais été attirée par la cigarette, craignant pour sa santé.

Le marketing de ces produits, souvent basé sur des emballages colorés et des arômes sucrés, est dénoncé par les associations anti-tabac comme visant spécifiquement les collégiens et lycéens. Amélie Eschenbrenner, du Comité national contre le tabagisme (CNCT), souligne que les lobbies du tabac « ont toujours un coup d’avance ». Un produit attractif mis sur le marché pendant quelques années peut générer des bénéfices considérables et créer une familiarité auprès des jeunes, rendant les interdictions difficiles à appliquer.

Les poches de nicotine peuvent contenir de 5 à 150 milligrammes de nicotine, bien plus que les 1 à 2 milligrammes d’une cigarette classique. Le professeur Daniel Thomas, cardiologue à la retraite, avertit que l’utilisation de sachets contenant 25 ou 50 milligrammes de nicotine peut entraîner une dépendance précoce.

Les poches de nicotine, particulièrement répandues dans les départements frontaliers de la Suisse, ont été interdites à la vente en avril 2026 en France. Cette interdiction se prolonge à d’autres produits à usage oral contenant de la nicotine, mais elle n’empêche pas les consommateurs de les acquérir par d’autres moyens. Certains, comme un jeune de Haute-Savoie, ont constitué des stocks avant l’interdiction, prévoyant de les utiliser avant de chercher à arrêter.

Les associations anti-tabac considèrent que la réduction de la consommation de cigarettes grâce à ces alternatives est une illusion. En réalité, seulement 4 % des publicités pour ces produits mettent en avant le sevrage tabagique, tandis que la majorité se concentre sur la disponibilité des arômes et la discrétion d’utilisation.

Les dispositifs comme l’IQOS, qui chauffent le tabac sans combustion, sont également présentés comme des alternatives sans fumée. Philip Morris, fabricant de l’IQOS, affirme que ce produit « élimine la fumée, principale source des substances nocives ». Cependant, le professeur Thomas insiste : « C’est un leurre ». Même sans combustion, des substances toxiques et cancérigènes peuvent être émises.

Malgré les interdictions, le réseau de buralistes, représentant environ 20 000 établissements en France, rend difficile la mise en œuvre de contrôles efficaces. Amélie Eschenbrenner appelle à une « interdiction harmonisée à l’échelle de l’Union Européenne » pour que ces mes soient réellement effectives.

Source : Franceinfo.

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