Prochaine vague de chaleur : comment l’État perpétue notre inadaptation

Prochaine vague de chaleur : comment l’État perpétue notre inadaptation

Un épisode de chaleur qualifié d’« inédit, historique, exceptionnel » par Météo-France n’a pas suffi à convaincre le gouvernement de l’urgence d’adapter le pays face aux dérèglements climatiques. La vague de chaleur de fin mai 2026 a mis en lumière l’inadaptation des écoles, des logements, des villes et des élevages. Malgré cette crise, les mes gouvernementales récentes montrent une impréparation persistante.

À peine le phénomène terminé, le 1er juin, le gouvernement a annoncé un plan d’économies de six milliards d’euros en réponse aux conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient, impactant notamment les ministères de la Justice, de l’Intérieur et du Travail. Comme souvent, l’écologie est sacrifiée, avec 275 millions d’euros de crédits annulés ou gelés.

Les dispositifs clés pour l’adaptation au changement climatique, tels que le Fonds vert et MaPrimeRénov’, subissent de lourdes réductions. Les autorisations d’engagement du Fonds vert, qui permet de financer des projets d’atténuation et d’adaptation, sont diminuées de 163 millions d’euros, soit une baisse de 19 % par rapport au budget initial. De plus, 54 millions d’euros de crédits de paiement sont gelés. MaPrimeRénov’, quant à elle, voit ses autorisations d’engagement diminuer de presque 300 millions d’euros, représentant une baisse de 16 %.

Émeline Notari, responsable financements de la transition écologique au sein du Réseau Action Climat, souligne que ces coupes montrent que « l’on paie le coût de notre dépendance aux énergies fossiles avec l’argent de la transition écologique ».

Le Fonds vert, établi en 2023, avait pour but de soutenir les collectivités locales dans leurs projets face au changement climatique. Cependant, son budget a été considérablement réduit, passant de 2,5 milliards d’euros en 2024 à 1,15 milliard d’euros en 2025, puis à environ 840 millions d’euros en 2026. Notari déclare que cela envoie un « très mauvais signal » aux élus qui comptaient sur ce fonds pour des projets écologiques.

Aujourd’hui, 80 % des établissements scolaires nécessitent une rénovation thermique significative pour faire face aux canicules à venir, un chantier évalué entre 40 et 50 milliards d’euros. Pendant la récente vague de chaleur, des écoles ont enregistré des températures extrêmes, comme les 53 °C mesurés dans une école primaire des Landes, provoquant malaise et vomissements.

MaPrimeRénov’, la principale aide publique à la rénovation énergétique, a également été affectée. Son budget a été réduit de 5 milliards d’euros en 2024 à 3,4 milliards en 2025, puis à 3,6 milliards cette année. Des interruptions de son accès ont eu lieu, rendant le dispositif moins attractif et décourageant de nombreux ménages à engager des travaux de rénovation.

La situation est alarmante, car un tiers des logements en France souffrent de ce que l’on appelle des « bouilloires thermiques ». Ce phénomène, qui a des répercussions sur la santé publique, est exacerbé par le manque de moyens alloués à la transition écologique.

Face à cette crise, des experts estiment que la France devrait mobiliser annuellement 34 milliards d’euros pour la transition climatique. Cependant, les coupes budgétaires et l’instabilité politique rendent cette perspective incertaine.

Le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, a récemment déclaré que le coût de la guerre au Moyen-Orient pourrait dépasser 6 milliards d’euros, annonçant que des mes d’économies supplémentaires seraient nécessaires si la crise se prolonge.

Source : Reporterre

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