RDC: derrière la défiance face à Ebola, ce que les communautés disent de la riposte sanitaire

Ebola en RDC : Les communautés au cœur de la riposte sanitaire

En République démocratique du Congo (RDC), une part significative des nouvelles contaminations à Ebola échappe encore aux chaînes de transmission établies. Face à cette situation, les autorités congolaises souhaitent placer les communautés au centre de la lutte contre l’épidémie. Un bulletin sur les tendances infodémiques révèle que les remontées du terrain vont au-delà des rumeurs et du déni.

Les observations recueillies portent sur divers aspects tels que la prise en charge des malades, l’information des familles, les délais d’intervention et la continuité des services. À Mongbwalu, en Ituri, des personnels mobilisés contre l’épidémie signalent des arriérés de primes s’élevant à trois mois, accompagnés d’une menace de grève. Par ailleurs, des familles expriment leur frustration face au manque d’informations sur leurs proches hospitalisés, et des critiques émergent concernant la qualité des soins dans les centres de traitement. Des retards dans l’arrivée des ambulances et la communication des résultats de laboratoire sont également rapportés.

Ces données proviennent d’un bulletin consacré aux tendances infodémiques de la riposte pour la période du 27 au 31 juillet, qui compile 246 observations issues d’un centre d’appels, des communautés et des contenus en ligne. Les auteurs précisent qu’il ne s’agit pas d’un sondage et que ces données ne reflètent pas nécessairement la situation de l’ensemble de la population.

Les appels reçus révèlent un besoin d’information urgent. En quatre jours, 123 appels ont été enregistrés, dont 40 concernaient la prévention. Les questions posées sont pratiques : comment éviter la maladie, comment la reconnaître, et quelles sont les étapes lorsque qu’un malade est pris en charge ?

En parallèle, des discours de défiance émergent, certains présentant Ebola comme un « business » ou une opération politique. Des accusations circulent, suggérant que des malades seraient sacrifiés dans les centres de traitement, tandis que d’autres nient l’existence de l’épidémie. Les recommandations formulées dans le bulletin vont au-delà de la lutte contre les fausses informations ; elles incluent une meilleure communication avec les familles et une clarification des soins gratuits.

À Bunia, des discussions menées par Mohamed Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, soulignent que de nombreux malades arrivent tardivement. Beaucoup viennent de localités où les services de santé sont insuffisants, ce qui retarde leur prise en charge. L’OMS propose de rapprocher les capacités de prise en charge des populations plutôt que de concentrer les services dans les grandes villes.

Les défis ne se limitent pas à l’Ituri. Un rapport de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), couvrant la période du 27 juillet au 2 août, met en lumière que les déplacements des patients en quête de soins contribuent à la transmission de la maladie. L’OIM signale aussi des difficultés de surveillance dans les sites accueillant des personnes déplacées, affectant le signalement des cas d’Ebola.

La situation est d’autant plus critique que le suivi des chaînes de transmission reste très incomplet. L’Africa CDC estime qu’avec environ 4 000 cas, au moins 160 000 contacts auraient dû être identifiés, alors qu’environ 17 000 contacts étaient effectivement enregistrés. Cela souligne la nécessité d’une approche plus proactive, avec la recherche active des malades dans les villages.

Pour illustrer cette dynamique, les responsables de la riposte citent Aru, où 159 contacts ont été retrouvés après l’identification d’un malade, sans nouveaux cas enregistrés depuis deux semaines. Cela démontre l’importance de l’engagement communautaire dans la détection et la signalisation des cas.

La nouvelle stratégie de l’Africa CDC vise à impliquer davantage les communautés, avec des agents de santé communautaires formés pour participer à la détection des alertes et au suivi des contacts. Ce changement de paradigme pourrait être crucial, car une grande partie des nouvelles infections se produit encore en dehors des chaînes de transmission connues.

Les remontées du terrain montrent que la défiance n’est pas uniquement liée à des rumeurs, mais aussi à des questions sans réponse et des difficultés d’accès aux soins. Les autorités espèrent ainsi rétablir une partie des chaînes de transmission qui leur échappent en se rapprochant des communautés.

Source : RFI

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