Quand la croisade contre le terrorisme se transforme en chasse aux sorcières
Chapô
Au cœur d’un processus judiciaire éclair, deux jeunes hommes de 19 et 20 ans viennent d’être condamnés à respectivement huit et six mois d’emprisonnement pour des actes qualifiés d’« infractions terroristes » par le Parquet de Pontoise. Une situation qui pose question : assistons-nous à la création d’un nouvel ennemi public, alimenté par les discours d’extrême droite, où chaque jeune de banlieue pourrait devenir un futur supposé terroriste ?
Les faits
Les deux jeunes hommes, fraîchement estampillés terroristes, ont été jugés et condamnés pour des actes dont les détails échappent encore à la lumière du jour. Leur nom figure désormais sur le fichier des auteurs d’infractions terroristes, une prestigieuse liste qui semble attirer tant d’envie chez le Rassemblement National (RN) et les autres chantres de la sécurité à tout prix. Il est à noter que, malgré leur jeunesse, ils sont accusés d’avoir émoussé l’épée de la justice républicaine avec un arbitraire qui rappelle les pratiques d’un Moyen Âge déjà lointain… mais pas tant que ça.
Analyse
Soyons clairs : ce ne sont pas uniquement les actes en eux-mêmes qui posent question, mais bien le contexte dans lequel ces jeunes hommes sont jugés. À l’heure où l’extrême droite s’érige en Sauveur de la Patrie, brandissant la peur comme un drapeau, chaque geste, chaque parole des jeunes issus des quartiers populaires est scruté avec la rigueur d’un tribunal inquisitorial. Le RN, fervent défenseur de la sécurité nationale, là où l’œuf de l’extrémisme grandit, feint d’ignorer que la peur engendre souvent les monstres qu’elle prétend combattre.
Les arguments
D’un côté, la logique des partisans de cette politique sécuritaire est limpide : si vous apparaissez sur la liste des terroristes, vous êtes, par essence, coupable. Il ne s’agit plus de prouver la culpabilité, mais de faire des présomptions l’étendard d’un combat idéologique. Voilà une belle illustration de l’obscurantisme qui étreint ceux qui, comme Marine Le Pen, ne voient dans la diversité que le terreau de l’insécurité.
D’un autre côté, les valeurs de la France insoumise (LFI) nous enjoignent à penser la société autrement. En quoi la stigmatisation de jeunes hommes, jugés sur des actes sans nuance, pourrait-elle renforcer notre démocratie ? LFI argue pour un traitement de la jeunesse qui privilégie l’éducation sur la répression, la compréhension sur la méfiance. Au lieu de manipuler la peur, pourquoi ne pas promouvoir un véritable dialogue intergénérationnel ?
Les contre-arguments
Ah, mais dire cela c’est s’exposer à la fureur des apôtres de la sécurité. Ils soutiendront que la fermeté est nécessaire pour préserver nos valeurs. Comme si le fait d’inscrire des adolescents sur un fichier aussi lourd de conséquences pouvait vraiment garantir la sécurité des citoyens. À tout prendre, faudrait-il aussi inscrire tous les jeunes qui traînent dans les parcs ? Après tout, qui sait si le prochain match de foot ne sera pas l’occasion d’un désordre insurrectionnel ?
Et puis, comment ne pas voir une contradiction fondamentale chez ces dénonciateurs de l’« islamo-gauchisme » qui, à la première alerte, sautent en helikopter, intervenant pour transformer une infraction mineure en menace existentielle ? Quid de la proportionnalité ? Le discours de la peur amène un nivellement vers le bas. Le véritable terrorisme, c’est celui qui consiste à réduire un jeune homme à un stéréotype de délinquant des quartiers.
Conclusion
En somme, cette tribune n’est qu’un cri du cœur, un appel à la réflexion plus qu’à l’indignation. À une époque où la lutte contre le terrorisme semble avoir dérapé vers une hystérie sécuritaire, nous devons nous rappeler qu’en infligeant une stigmatisation pérenne à des jeunes, nous risquons de créer les germes d’une radicalisation que tout bon Français serait en droit de déplorer. Les débats sur la lutte contre le terrorisme doivent côtoyer les efforts d’éducation, d’inclusion et de compréhension. C’est là la barque de la vraie démocratie, loin des rives boueuses de l’extrême droite. À vous de jouer, mesdames et messieurs. Reprenons la barre avant que notre République ne se transforme en caricature de ce qu’elle devrait être !



