Professionnels en milieu scolaire : « Pas une pénurie, un exode »
C’est une pénurie qui est dans l’angle mort. Dans les écoles publiques de l’île de Montréal, les orthophonistes, psychologues et psychoéducateurs sont en nombre insuffisant pour répondre aux besoins croissants des élèves.
En date du 13 avril dernier, un poste d’orthophoniste sur quatre (25,8 %) était vacant à Montréal, selon le tableau de bord du ministère de l’Éducation. Pour les psychoéducateurs, presque un sur cinq (18,8 %) manquait à l’appel, tandis que plus d’un poste de psychologue scolaire sur dix restait à pourvoir. À l’échelle du Québec, la situation est moins préoccupante, mais des postes demeurent vacants en orthophonie (12,7 %), en psychoéducation (9 %) et en psychologie (11,4 %).
Ce problème persiste depuis plusieurs années. Le taux de postes vacants à Montréal a varié entre 16,6 % et 26,8 % durant la période scolaire de 2022-2023. Toutefois, il convient de noter que la méthode de dénombrement des postes a été améliorée, ce qui pourrait influencer ces chiffres.
Le président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), Francis Côté, souligne que le manque de personnel complique la formation d’équipes-écoles. Il évoque des conditions de travail peu attractives, malgré une simplification des procédures administratives. Les professionnels manquent souvent de temps pour interagir avec les élèves et les parents.
La rétention du personnel est un autre enjeu majeur. Côté rappelle que des coupes budgétaires et des réarrangements de postes ont eu lieu juste avant la rentrée scolaire, ce qui a perturbé le travail des professionnels.
Carolane Desmarais, présidente de la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec (FPPE-CSQ), nuance la situation en affirmant qu’il ne s’agit pas d’une pénurie, mais d’un exode. Elle indique que les professionnels choisissent de moins en moins le secteur de l’éducation, souvent en raison de conditions de travail peu favorables et de l’attrait d’autres secteurs, notamment le privé.
La précarité des postes est également pointée du doigt. Paul-André Gallant, président de l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ), souligne que bien qu’il n’y ait jamais eu autant d’orthophonistes, les conditions de travail, comme des budgets non récurrents et des affectations tardives, rendent le milieu scolaire moins attrayant.
Les psychologues scolaires ressentent des défis similaires. Annie Bernatchez, présidente de l’Association québécoise des psychologues scolaires (AQPS), évoque un manque de relève dans le domaine, notant que seulement 8 % des psychologues exercent en milieu scolaire. Elle appelle à une meilleure formation universitaire pour attirer de nouveaux professionnels.
Cette situation soulève des préoccupations quant à l’avenir des services professionnels dans les écoles, un enjeu qui persiste depuis deux décennies.
Source : ministère de l’Éducation du Québec.



