Depuis dix ans, Recyclop traque les mégots marseillais pour les transformer en « énergie »

Active depuis dix ans maintenant, l’association Recyclop est l’une des pionnières à Marseille dans la lutte contre les déchets. Depuis 2020, elle les transforme même en énergie dans une usine spécialisée. Reportage.

« Je ne sais pas si le nombre de fumeurs diminue, mais le nombre de mégots qu’on trouve au sol chaque année, lui, augmente », constate Olivier Martina, responsable de l’activité évènementielle et associative chez Recyclop, interrogé sur l’évolution de la quantité de mégots retrouvés par terre à Marseille.

En 2022, l’association a valorisé quatre tonnes de mégots récupérés à travers ses différents réseaux de collecte. Ce volume, bien que significatif, reste modeste face aux « 250 tonnes de cigarettes qui seraient vendues à Marseille chaque année », selon un salarié de Recyclop. « On peut estimer que 30 % sont jetées par terre. »

Créée en 2015 par Abdès Bengorine, l’association s’est bien développée. Elle a établi un vaste réseau départemental de collecte, utilisant son outil Proxi Mégo pour récupérer plus de 30 % de son gisement de mégots. La collaboration avec les bars et restaurants via MaTerrassePropre lui permet d’augmenter ce chiffre de 30 % supplémentaires. Cependant, c’est son axe de sensibilisation auprès du grand public qui marque les esprits.

Des Marseillais plus sensibilisés

Après dix ans d’efforts, « on voit de plus en plus de gens, de tous les milieux et de tous les âges qui viennent ramasser », observe un salarié. Cette dynamique est une réussite pour l’association et son réseau de ramassage des déchets.

Au-delà des opérations de nettoyage, l’impact de ces événements est significatif. « Ce n’est pas une heure de ramassage qui va changer quelque chose, mais c’est l’impact. C’est pour ça qu’on fait ces opérations le week-end. Tout le monde n’y participe pas, mais ceux qui promènent leur chien, voient du coin de l’œil les ramasseurs et ça les fait réfléchir », souligne Olivier Martina.

Recyclop a également popularisé les cendriers de poche, autrefois considérés comme des objets rares. Aujourd’hui, le public reconnaît ces cendriers, notamment ceux en forme de pile ou ceux loués à des partenaires.

Cependant, certains comportements restent surprenants. « Certaines personnes disent qu’ils jettent parce qu’ils savent que d’autres ramassent », déplore un salarié de l’association, soulignant les limites de la sensibilisation et l’utopie d’une voie publique sans mégot.

Une autre vision de la valorisation des mégots

Pour l’association, le défi ne réside pas dans l’élimination totale des mégots, mais dans leur traitement adéquat pour minimiser leur impact environnemental. « Quand un mégot est jeté à la poubelle, il est traité comme déchet lambda et sera brûlé avec les autres, entraînant des émanations toxiques dans l’atmosphère », explique Olivier Martina. « Peu de gens connaissent cette information. Nous l’apprenons même à des personnes très instruites, comme des chefs d’entreprise. »

La volonté de faire disparaître le plastique récupéré dans le mégot distingue Recyclop des autres structures qui recyclent le plastique en doudounes ou en isolants. « Cela ne fait que repousser le problème du déchet à plus tard. Même transformé, le plastique continue à émettre des vapeurs toxiques », souligne Olivier Martina.

Les ambitions d’accompagnement de Recyclop

Désormais, l’association souhaite mettre à profit ses dix années d’expertise au service des entreprises et collectivités. « Nous savons où se trouvent les gisements, comment les collecter et les valoriser. Par exemple, pour aider des entreprises à définir une zone fumeur », explique un salarié de Recyclop.

Au-delà de la location de matériel, l’association élabore des processus de valorisation des déchets pour que leur méthode puisse être reproduite à l’échelle nationale.

Ce défi reste néanmoins complexe. Actuellement, seulement dix usines en France sont capables de transformer les mégots en énergie, comme celle à laquelle Recyclop vend ses collectes. Un processus de valorisation déjà présenté en 2020 sur Made in Marseille.

Cet article est basé sur des informations fournies par Made in Marseille.

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