Fortune, pouvoir et soupçons : le procès permanent des hommes d’affaires au Gabon
Au Gabon, la réussite dans les affaires et la proximité avec le pouvoir semblent désormais suffire à établir une présomption de culpabilité. Les relations entre hommes d’affaires et l’État sont légitimes à scruter, mais cette proximité devient parfois une explication automatique de la réussite. L’origine étrangère de certains entrepreneurs alimente également des soupçons, brouillant la frontière entre investigation et procès de réputation. L’État, qui attribue les marchés et délivre les permis, reste souvent absent des débats, alors qu’il détient les documents nécessaires pour dissiper ou confirmer ces soupçons.
Une poignée de main ou une photo au Palais peut suffire à construire un coupable. Des figures comme Khalil Rihan, entrepreneur dans le bâtiment, ou Mahamadou Bonkoungou, à la tête d’EBOMAF, sont souvent évoquées à travers leurs relations supposées avec le pouvoir, et non par leurs bilans ou emplois créés. Ce phénomène, qualifié de procès par association, prospère là où l’enquête véritable fait défaut.
La vigilance autour des entrepreneurs bénéficiant de la commande publique est essentielle pour l’hygiène démocratique. Cependant, un glissement s’opère entre proximité, influence, faveur et illégalité. Serrer la main du chef de l’État ne constitue pas une preuve d’attribution, et l’accumulation de contrats ne prouve pas nécessairement une faute.
Le mécanisme de suspicion est circulaire : un contrat est attribué, la réussite est expliquée par la proximité, ce qui établit une influence qui justifie le contrat suivant. Ce cycle se renforce sans que les faits ne soient vérifiés. Il est crucial de se demander si un entrepreneur prospère grâce à sa proximité avec le pouvoir ou si sa réussite le rend incontournable pour ce dernier.
La presse, en personnalisant chaque scandale autour de bénéficiaires privés, omet souvent l’État, dépositaire des contrats et des justificatifs. Cette opacité publique alimente le soupçon et constitue un dysfonctionnement administratif.
De plus, plusieurs entrepreneurs visés par ces controverses sont d’origine libanaise, malienne ou burkinabè. Les références à leur nationalité glissent vers une interprétation de la réussite, comme si celle-ci était liée à leur origine plutôt qu’à leurs compétences.
Enfin, la répétition des accusations sur Internet, sans sources indépendantes, transforme ces allégations en certitudes. Un journalisme rigoureux doit remonter à la source et différencier entre ce qui est établi et ce qui demeure invérifiable. L’homme d’affaires proche du pouvoir ne doit pas bénéficier d’une immunité, mais la seule proximité ne doit pas être synonyme de culpabilité. Le Gabon doit éclaircir ses pratiques pour ne pas dissuader les investisseurs.
(Source : Gabonreview.com)



