Ainsi parlait Bellavista : Naples entre amour et liberté
En 1977, Luciano De Crescenzo a publié son premier roman, Così parlò Bellavista (Ainsi parlait Bellavista), qui pastiche Nietzsche en faisant d’un professeur napolitain à la retraite le porteur d’une sagesse du cœur. Ce livre a connu un succès fulgurant, avec près de 600 000 exemplaires vendus en Italie, traduit dans le monde entier, et adapté au cinéma en 1984 par l’auteur lui-même.
Luciano De Crescenzo (1928-2019), ingénieur de formation, a quitté sa carrière chez IBM Italie pour se consacrer à l’écriture à près de cinquante ans. Son parcours illustre la double nature de son œuvre, alliant rigueur rationnelle et oralité méridionale. Bellavista est considéré comme son œuvre inaugurale, révélant au grand public sa capacité à vulgariser la philosophie grecque tout en étant cinéaste et scénariste.
Le roman ne suit pas une intrigue traditionnelle, mais dresse le portrait de Naples à la fin des années 1970 à travers la figure de don Gennaro Bellavista. Ce dernier propose une théorie selon laquelle l’humanité se divise en « hommes d’amour » et « hommes de liberté ». Les premiers, représentant le royaume de l’amour, incarnent la chaleur et le lien social, tandis que les seconds, issus du nord de l’Italie, valorisent l’indépendance et la solitude. De Crescenzo souligne que chaque individu mélange ces deux aspects, et que le bonheur réside dans un équilibre entre amour et liberté.
La construction du livre est originale, prenant la forme d’un dialogue platonicien transposé dans une cage d’escalier napolitaine. Bellavista, en tant que Socrate parthénopéen, engage ses interlocuteurs dans des conversations autour d’une bonne bouteille, faisant écho à la tradition des maîtres et de leurs disciples. Les chapitres alternent entre leçons philosophiques et vignettes napolitaines, illustrant la vie quotidienne et la culture locale.
Un épisode marquant du récit est celui du petit cheval rouge, il cavalluccio rosso, qui devient emblématique dans le film mais n’est qu’une mention fugace dans le livre. Ce jouet représente l’art napolitain de transformer les incidents quotidiens en récits presque épiques. À la mort de De Crescenzo en 2019, ce petit cheval a été drapé de noir par un marchand de Naples, symbolisant son importance culturelle.
Luciano De Crescenzo parvient à capturer l’esprit de Naples sans céder aux clichés habituels. Son œuvre offre une réflexion sur les valeurs humaines, opposant l’efficacité à la lenteur et à l’attention à autrui. Il énonce également un aphorisme célèbre : « Chacun est le méridional de quelqu’un », soulignant que le Sud, pour lui, est davantage une disposition de l’âme qu’une simple géographie.
En somme, Ainsi parlait Bellavista demeure une œuvre essentielle pour comprendre la richesse de Naples, à travers une approche qui mêle philosophie et vie quotidienne, sans tomber dans le folklore.
Source : Luciano De Crescenzo, Ainsi parlait Bellavista, Éditions de Fallois.



