Mondial d’esport : L’Arabie saoudite dans une logique de conquête
L’Arabie saoudite se positionne comme un acteur majeur de l’industrie du jeu vidéo cet été, notamment avec la délocalisation de l’Esports World Cup à Paris. Cette compétition, initialement créée en 2024 par Riyad, a été déplacée en raison de la guerre en Iran. Le 5 août, le royaume a fait sensation en annonçant le rachat du géant américain Electronic Arts (EA) pour 55 milliards de dollars, impliquant le Fonds public d’investissement d’Arabie saoudite, Silver Lake et Affinity Partners, un fonds dirigé par Jared Kushner.
Ce rachat permet à l’Arabie saoudite de renforcer son emprise sur le secteur du jeu vidéo, considéré comme un outil de soft power et de diversification économique sous l’égide du prince Mohammed ben Salmane. Avant cette opération, le royaume avait déjà investi dans des sociétés telles que Nintendo et Capcom, et continue d’injecter des fonds dans l’e-sport, faisant de Riyad une des capitales du jeu vidéo compétitif.
Olivier Mauco, créateur de jeux vidéo et président de l’Observatoire européen des jeux vidéo, souligne que cette acquisition s’inscrit dans le cadre du « plan Vision 2030 », qui vise à faire du jeu vidéo une industrie clé pour l’après-pétrole. Selon lui, les Saoudiens adoptent une stratégie de conquête du marché vidéo ludique et de quasi-monopolisation de l’e-sport.
Le budget alloué à l’Esports World Cup est estimé à 218 millions d’euros, bien que les billets soient vendus à seulement sept euros, ce qui soulève des questions sur la rentabilité de l’événement. L’Arabie saoudite semble rechercher des infrastructures solides, une légitimité mondiale et un partenariat durable avec la France, un acteur historique dans ce secteur.
Le prince Mohammed ben Salmane, passionné de jeux vidéo, joue un rôle central dans ces investissements, qui visent à diversifier l’économie du pays et à répondre aux attentes d’une population jeune, où 60 à 65 % des Saoudiens ont moins de 30 ans. Cela permet également de créer un sentiment de fierté nationale et d’unité autour de l’e-sport.
Ces initiatives peuvent être perçues comme une forme d' »esport washing », cherchant à améliorer l’image du royaume en véhiculant une image moderne et dynamique, tout en détournant l’attention des préoccupations liées aux droits humains et à la condition des femmes.
Source : France 24



