La Creuse face à une sécheresse exceptionnelle
Une nouvelle canicule s’installe en France, exacerbant la sécheresse déjà sévère. Dans la Creuse, placée en alerte maximale, les exploitations agricoles subissent de plein fouet cette situation : plus de 90 % des petits cours d’eau sont à sec.
Depuis un mois, l’eau ne coule plus dans un ruisseau à Évaux-les-Bains. Des agents de l’Office Français de la Biodiversité, qui surveillent régulièrement le cours d’eau, n’avaient jamais observé une telle situation aussi tôt dans l’année. « On est au moins un mois et demi en avance sur la situation de l’année dernière », souligne Grégory Rollion, chef de service départemental adjoint.
Sur les 35 cours d’eau suivis dans la Creuse, seuls trois ne sont pas à sec. L’ensemble du département est désormais en crise sécheresse. À Chambon-sur-Voueize, même lorsque de l’eau est présente, elle ne s’écoule plus. Dans le lit de la rivière, quelques flaques stagnent, accompagnées d’algues gluantes. La température de l’eau atteint des niveaux alarmants, avec 32,9 degrés. Manon Delbeck, inspectrice de l’environnement, constate que « l’eau est plus chaude que l’air ».
Cette situation impacte également la faune aquatique. Des moules d’eau douce, essentielles pour le filtrage naturel de l’eau, sont de plus en plus nombreuses à échouer. « On perd un premier maillon qui participe à la bonne qualité de nos cours d’eau », déplore Delbeck, ajoutant que si cette tendance se poursuit, l’espèce pourrait disparaître.
La Creuse est particulièrement vulnérable, ne disposant pas de nappes phréatiques exploitables pour compenser l’assèchement des rivières. Cela complique la situation pour les 2 500 agriculteurs du département. Joël Rougeron, éleveur de 500 vaches à viande, explique qu’il doit désormais apporter 3 000 litres d’eau chaque jour à ses animaux, une logistique complexe.
Les agriculteurs se tournent vers un château d’eau à proximité, où ils peuvent puiser de l’eau gratuitement. Bernard Chimier, un autre agriculteur, témoigne de l’augmentation du nombre de visiteurs à cette source. « Si on n’avait pas ça, ça serait catastrophique », dit-il.
Malgré la gratuité de l’eau, les allers-retours sont contraignants, prenant jusqu’à trois heures par jour. Joël Rougeron, également maire de sa commune, exprime son inquiétude face à l’évolution climatique : « Le climat méditerranéen a gagné, et je crois qu’il est en train de gagner chez nous. » La Creuse, au troisième rang de la production de viande bovine en France, pourrait voir sa position remise en question par le changement climatique.
Source : Franceinfo



