De belles couleurs de terre et de feuillage qui permettent de se fondre dans la forêt. De belles couleurs vives qui éclatent d’allégresse dans le paysage. Quelle palette de couleurs faut-il privilégier ?
Comme pour plusieurs questions dans le domaine du plein air, la réponse courte est : ça dépend.
« Il faut revenir à la base, se demander c’est quoi, mon objectif, indique la guide de plein air Renée Claude Bastien. Est-ce que je veux me fondre dans le paysage, parce que je vais faire de la photographie animalière ou de la chasse, ou au contraire, est-ce que je veux être bien visible s’il m’arrive un pépin ? »
Souvent, en plein air, les couleurs vives sont associées à tout ce qui touche la sécurité.
« Dans le domaine des activités nautiques, si j’ai un itinéraire plutôt prudent, si je suis plutôt dans l’observation, je vais prendre un canot vert, je vais avoir des éléments de couleur qui s’agencent davantage avec le milieu naturel, déclare Mme Bastien. Mais si je fais du canot d’eau vive et que je risque de dessaler et de me retrouver dans l’eau, je veux être le plus visible possible. »
Cette distinction, on la retrouve chez les fabricants de vêtements et d’équipement de plein air, affirme Vincent Bouchard, professeur et codirecteur à l’Unité d’enseignement en intervention plein air à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).
« Les marques de plein air qui sont orientées vers ce qu’on appelle de l’aventure douce, soit de la contemplation, de la photographie, de l’immersion en forêt, ou encore les entreprises qui sont davantage orientées vers la chasse et la pêche auront tendance à avoir des vêtements et des équipements de couleur naturelle, afin de moins détonner dans l’environnement. »
À l’opposé, les marques qui visent plutôt la grande aventure, comme la randonnée de haute montagne, l’alpinisme, l’escalade, l’eau vive, ont tendance à opter pour des couleurs vives, qui contrastent avec l’environnement.
« S’il arrive quelque chose, on va être détecté plus rapidement par les équipes de recherche et sauvetage, déclare M. Bouchard. Quelqu’un qui a un ensemble blanc en ski en hiver et qui se prend une avalanche, il sera beaucoup plus difficile à trouver que quelqu’un qui a des couleurs éclatantes comme de l’orange vif. »
PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE
Une tente bien voyante, c’est apprécié lorsqu’on revient au camp.
L’utilité des couleurs contrastantes ne se limite pas aux vêtements.
« J’ai vu beaucoup de gens oublier du matériel, ou échapper du matériel, et ne pas le retrouver justement parce que la couleur n’était pas très vive, raconte Renée Claude Bastien. Je veux que des éléments de sécurité, comme ma gourde, soient de couleur vive. Si jamais je l’échappe ou que je la dépose quelque part, je suis certaine qu’elle va me sauter aux yeux. »
C’est la même chose pour les tentes.
« Avec des couleurs vives, c’est beaucoup plus facile à repérer et à identifier lorsqu’on retourne au camp », souligne Vincent Bouchard.
Il note que des tentes et des bâches de couleur naturelle peuvent être équipées de logos ou de cordes réfléchissantes, ce qui facilite un retour à la pénombre.
Les couleurs vives présentent des avantages, mais il faut quand même considérer la question du respect du milieu naturel.
Les principes Sans traces ne portent pas juste sur le respect de l’environnement en soi. Un des principes concerne le respect des autres utilisateurs. Il s’agit de limiter notre impact visuel.
Une solution consiste à transporter un élément très visible à sortir au besoin, comme un poncho ou un sac de poubelle de couleur orange.
PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE
Un couvre-sac de couleur vive peut constituer un élément de sécurité en cas de pépin.
« Les marques de plein air font de plus en plus de sacs à dos aux couleurs sobres, mais ça vient souvent avec un couvre-sac de couleur super vive », observe Vincent Bouchard.
Évidemment, en période de chasse, c’est une bonne idée d’être visible. On peut notamment porter un dossard orange vif, mais une veste de pluie rouge ou orangée pourra faire l’affaire, note Renée Claude Bastien.
Au contraire, au printemps et au début de l’été, c’est une bonne idée de se parer de couleurs claires pour tenter d’éviter moustiques et autres petits vampires.
Enfin, il faut avouer que des vêtements de couleurs vives, ça fait de bien belles photos si on veut créer un contraste, mais c’est moins approprié si on veut photographier le milieu naturel dans son état le plus pur et authentique, souligne Vincent Bouchard.
PHOTO LAURIE DULONG, FOURNIE PAR VINCENT BOUCHARD
Le professeur Vincent Bouchard porte des couleurs aux teintes de la nature lors d’une expédition au Yukon.
« Mais quand on fait des expéditions de ski en hiver et qu’on a des manteaux de différentes couleurs, ça fait super beau », ajoute-t-il.
Renée Claude Bastien note que dans les années 1990, les vêtements de plein air étaient souvent de couleurs très vives, alors que maintenant, les couleurs sont plus sobres.
« Si les tendances se suivent, on va peut-être revoir des couleurs plus vives apparaître sur les rayons des magasins, avance-t-elle. Je pense qu’on est mûrs pour ce retour. »
Le chiffre de la semaine
472
C’est le nombre d’espèces d’oiseaux répertoriées au Québec.



