À Nice, Ciotti assouplit Airbnb et supprime les fournitures scolaires gratuites : une politique qui favorise-t-elle les plus aisés ?
À Nice, Ciotti assouplit Airbnb et supprime les fournitures scolaires gratuites : une politique qui favorise-t-elle les plus aisés ?

À peine installée, la majorité d’Éric Ciotti assume un virage politique qui fait débat : davantage de souplesse pour les locations touristiques, mais la fin d’une aide directe destinée à 22 000 élèves. Pour l’opposition, cette succession de décisions révèle une priorité donnée aux propriétaires et aux ménages les plus favorisés.

À Nice, deux décisions municipales prises à quelques semaines d’intervalle racontent une même histoire politique, selon l’opposition : faciliter l’activité touristique immobilière tout en réduisant une aide directement destinée aux familles.

Le contraste est suffisamment marqué pour alimenter une polémique sur les priorités de la nouvelle majorité municipale dirigée par Éric Ciotti, dont l’UDR a été classée à l’extrême droite pour les élections municipales de 2026. Le Conseil d’État a confirmé cette classification.

D’un côté, la municipalité a décidé de ne pas reconduire à la rentrée 2026 le dispositif de fournitures scolaires gratuites mis en place en 2025. De l’autre, elle a choisi d’assouplir certaines règles concernant les meublés touristiques.

Pour ses opposants, le message envoyé est clair : lorsqu’il s’agit d’aider directement les familles, les économies deviennent nécessaires ; lorsqu’il s’agit de préserver les possibilités de revenus liées à l’immobilier touristique, la réglementation peut être assouplie.

Airbnb : Nice desserre la vis

Le 19 juin 2026, le conseil municipal de Nice a adopté un assouplissement des règles concernant les locations touristiques.

La me la plus visible concerne les résidences principales : la durée maximale autorisée pour les louer en meublé touristique est passée de 90 à 120 jours, avec une me annoncée comme temporaire jusqu’au 31 décembre 2026.

La décision intervient dans une ville où le phénomène des locations touristiques est particulièrement important.

Nice compte environ 18 000 annonces de locations touristiques sur Airbnb, Abritel ou Booking selon les chiffres rapportés par Le Parisien, ce qui en fait l’une des villes françaises les plus exposées au phénomène.

Le débat n’est donc pas anodin.

Dans une ville où l’accès au logement constitue un enjeu majeur, chaque logement utilisé pour de courtes périodes peut potentiellement ne plus être disponible pour une location classique destinée à un résident permanent.

Résidences secondaires et meublés touristiques au cœur du débat

La question ne concerne d’ailleurs pas uniquement les propriétaires qui louent occasionnellement leur résidence principale.

Le conseil municipal devait également se prononcer sur la réglementation des changements d’usage concernant les résidences secondaires transformées en meublés touristiques. L’ordre du jour du conseil municipal du 19 juin mentionnait explicitement les autorisations de mise en location de résidences secondaires en meublés touristiques.

Cette question est particulièrement sensible dans les quartiers où la pression immobilière est forte.

Pour un propriétaire disposant d’un appartement bien situé, la location touristique peut offrir une rentabilité supérieure à celle d’une location classique.

Pour un salarié, un étudiant, une famille ou un jeune ménage qui cherche à se loger, la multiplication des logements consacrés au tourisme peut au contraire réduire l’offre résidentielle disponible.

C’est précisément cette opposition entre rentabilité immobilière et droit au logement qui nourrit la controverse.

Et pendant ce temps, les fournitures scolaires gratuites disparaissent

Le contraste devient encore plus politique lorsque l’on regarde la rentrée scolaire.

En 2025, la Ville de Nice avait distribué 22 000 trousseaux de fournitures scolaires aux élèves. Le dispositif était présenté par la municipalité comme une me permettant aux enfants de bénéficier gratuitement des fournitures nécessaires à leur scolarité.

Pour 2026, la nouvelle majorité a décidé de ne pas reconduire cette me.

Le coût du dispositif était estimé à environ 440 000 euros, soit environ 20 euros par trousseau, logistique et livraison comprises.

La municipalité défend cette suppression en expliquant vouloir privilégier les crédits pédagogiques. Les crédits destinés aux projets pédagogiques doivent atteindre environ 1,134 million d’euros pour 2026-2027.

Mais pour l’opposition, le problème est ailleurs.

Elle considère que supprimer une aide universelle qui bénéficiait à 22 000 enfants tout en assouplissant parallèlement les règles applicables aux locations touristiques traduit un choix de société.

« Pas d’argent pour les enfants, mais davantage de liberté pour l’immobilier touristique »

C’est précisément ce rapprochement qui fait bondir l’opposition niçoise.

Le raisonnement est simple : pourquoi considérer comme trop coûteuse une dépense de 440 000 euros destinée aux fournitures scolaires, alors que la majorité accepte simultanément de desserrer certaines contraintes qui peuvent augmenter la rentabilité de logements touristiques ?

Il ne s’agit évidemment pas de dire que les deux dépenses appartiennent à la même ligne budgétaire.

Il s’agit de comparer des choix politiques.

Une fourniture scolaire gratuite représente une aide directe aux familles.

Une réglementation plus favorable aux locations touristiques bénéficie d’abord aux propriétaires qui disposent d’un logement susceptible d’être loué à des touristes.

Et cette différence est fondamentale.

Une politique qui profite davantage à ceux qui possèdent déjà un patrimoine ?

C’est le principal reproche adressé à la majorité.

Une personne qui ne possède aucun logement ne peut évidemment pas profiter directement d’un assouplissement permettant de louer davantage son appartement en courte durée.

À l’inverse, un propriétaire d’un logement bien situé peut transformer cette évolution réglementaire en opportunité économique.

La me peut donc être défendue au nom de l’activité touristique et du dynamisme économique de Nice. Mais elle peut également être critiquée parce qu’elle augmente potentiellement les possibilités de revenus de personnes qui possèdent déjà un capital immobilier.

C’est ici que la politique municipale prend une dimension idéologique.

Pour ses adversaires, la nouvelle majorité issue de l’union UDR-RN privilégie une conception de la ville dans laquelle la propriété et l’investissement sont davantage protégés que les mécanismes de redistribution directe.

Le terme de « cadeau aux riches » relève évidemment du vocabulaire politique de l’opposition. Mais il correspond à une question économique réelle : qui bénéficie concrètement d’une réglementation plus favorable aux locations touristiques ?

Le logement devient le véritable sujet

Derrière Airbnb se trouve une question encore plus importante : celle du logement permanent.

Un appartement consacré à la location touristique n’est pas nécessairement un appartement disponible pour une famille niçoise, un étudiant ou un salarié.

L’ampleur du phénomène à Nice explique pourquoi les décisions municipales concernant les meublés touristiques sont scrutées de près. Avec environ 18 000 annonces recensées sur les principales plateformes, la ville figure parmi les territoires français où la location touristique occupe une place particulièrement importante.

Le choix politique consiste donc à arbitrer entre deux objectifs :

développer l’activité touristique et préserver les revenus liés à l’immobilier, ou maintenir davantage de logements dans le parc résidentiel classique.

Il n’existe pas de réponse magique. Mais les conséquences sociales des choix municipaux, elles, sont très concrètes.

Une nouvelle ligne politique à Nice

La victoire d’Éric Ciotti aux municipales de 2026 a fait basculer Nice dans un nouveau paysage politique. Le Monde classe sa liste dans l’« union extrême droite » et rappelle l’alliance UDR-RN ayant porté sa candidature.

Dans ce contexte, les premières décisions économiques et sociales de la majorité sont observées comme les premiers marqueurs de sa politique municipale.

L’assouplissement des locations touristiques peut être présenté comme une me favorable au tourisme, à l’économie locale et à la liberté des propriétaires.

La suppression des fournitures scolaires gratuites peut être présentée comme une rationalisation des dépenses publiques et une réorientation vers les crédits pédagogiques.

Mais mises côte à côte, ces deux décisions permettent aussi de poser une autre question :

quelle place la nouvelle majorité accorde-t-elle à la redistribution et à l’aide directe aux familles face aux intérêts des propriétaires et de l’investissement immobilier ?

« Aucun enfant ne devrait voir ses conditions d’apprentissage dépendre du revenu de ses parents »

C’est sur ce terrain que l’opposition entend mener la bataille.

Son argument ne porte finalement pas uniquement sur un sac de fournitures à une vingtaine d’euros.

Il porte sur le symbole.

D’un côté, un dispositif universel permettant à 22 000 élèves de disposer des mêmes fournitures.

De l’autre, un assouplissement réglementaire concernant un marché qui permet à des propriétaires de tirer davantage de revenus de leur patrimoine immobilier.

Pour l’opposition, cette différence illustre une politique qui demande davantage d’efforts aux familles tout en offrant davantage de latitude aux détenteurs de patrimoine.

La majorité répond qu’elle ne supprime pas les dépenses consacrées à l’éducation et qu’elle maintient plus d’un million d’euros de crédits pédagogiques.

Le débat est donc loin d’être clos.

Une bataille idéologique derrière les chiffres

La polémique niçoise dépasse largement les 440 000 euros des fournitures scolaires ou les 120 jours de location autorisés.

Elle pose une question fondamentale sur le modèle de ville défendu par la majorité Ciotti.

Nice doit-elle être une ville où l’immobilier constitue avant tout un patrimoine et un outil d’investissement, ou une ville où les logements doivent d’abord répondre aux besoins des habitants ?

La réponse aura des conséquences bien plus importantes que la simple disparition d’un kit scolaire.

Car derrière chaque appartement transformé en location touristique se trouve potentiellement un logement qui n’est plus destiné au marché résidentiel classique.

Et derrière chaque aide scolaire supprimée se trouve une dépense supplémentaire pour une famille.

C’est cette asymétrie que dénonce aujourd’hui l’opposition : une politique qui, selon elle, demande aux ménages ordinaires de faire davantage d’efforts tout en desserrant les contraintes pesant sur ceux qui disposent déjà d’un patrimoine immobilier.

À Nice, le débat sur Airbnb n’est donc plus seulement un débat sur le tourisme.

Il devient un débat sur le type de ville que la nouvelle majorité entend construire et sur ceux qui doivent en priorité bénéficier de ses choix politiques.

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