Le nombre de transits dans l’Arctique pourrait tripler : un armateur chinois lance la première ligne régulière de porte-conteneurs polaires
La compagnie chinoise Sea Legend a lancé cette semaine une liaison hebdomadaire entre la Chine et le Royaume-Uni via l’Arctique, réduisant de moitié le temps de trajet habituel. Cette nouvelle voie maritime, rendue possible par la fonte record de la banquise, suscite un intérêt croissant malgré les préoccupations concernant les risques sécuritaires et les conséquences environnementales.
La ligne, qui relie le port chinois de Ningbo à celui de Felixstowe, au Royaume-Uni, est une première mondiale. En longeant les côtes septentrionales de la Russie, ce trajet, qui prend traditionnellement environ quarante jours, pourrait désormais être effectué en une vingtaine de jours, selon les conditions météorologiques.
Le cercle polaire connaît une transformation notable dans le secteur du transport maritime : l’année dernière, la route du Nord a enregistré un pic record de 23 transits, contre 15 en 2024, d’après le Financial Times. Bien que ces chiffres soient en augmentation, ils restent modestes comparés aux dizaines d’allers-retours annuels que pourrait engendrer cette nouvelle ligne.
Les commandes de navires brise-glace connaissent également une hausse significative, avec 167 unités livrées l’an dernier, le chiffre le plus élevé depuis plus d’une décennie. En outre, 164 nouvelles commandes sont prévues pour cette année.
Cette situation est en partie due à la fonte des glaces, qui a atteint des niveaux alarmants. La banquise a diminué de 5,8 % entre 2024 et 2025, selon une étude de l’Université de Southampton, marquant le plus important repli jamais mesuré.
Les armateurs exploitent cette opportunité pour contourner des zones de congestion comme le détroit d’Ormuz et le détroit de Bab el-Mandeb. Des experts, comme Rahul Khanna d’Allianz, notent une nette augmentation du trafic maritime dans la région arctique, soulignant que les armateurs y voient une chance de gagner du temps et de réduire les coûts tout en évitant des passages géopolitiques sensibles.
Cependant, l’usage de cette voie n’est pas sans controverse. Des entreprises comme Maersk ont choisi de boycotter l’Arctique pour protéger un écosystème fragile. L’arrivée de grands navires dans ces eaux pose des risques environnementaux, notamment des nuisances sonores pour la faune marine et le risque de marée noire.
La navigation polaire représente également un défi technique. Les marins doivent naviguer sans repères fiables, le signal GPS étant souvent instable. De plus, les armateurs doivent respecter le Code polaire de l’Organisation maritime internationale, qui impose des normes strictes de sécurité et de protection de l’environnement. Selon Allianz, plus de 500 incidents maritimes ont été recensés dans le cercle arctique au cours de la dernière décennie, près de la moitié dus à des pannes de machines ou des dégâts matériels.
Cette évolution du trafic maritime dans l’Arctique soulève des questions cruciales concernant l’avenir de cette région, tant sur le plan économique qu’environnemental.
Source : Financial Times, Université de Southampton


