Arômes, acidité, degré d'alcool : avec le réchauffement climatique, les vins d'Alsace vont changer de goût

Arômes, acidité, degré d’alcool : les vins d’Alsace face au réchauffement climatique

Les étés en Alsace seront encore plus chauds et secs dans quelques décennies. Cette évolution du climat local aura un impact direct sur le goût du vin. Un agroclimatologue, rencontré à la Foire aux vins de Colmar, fait le point.

Planter de nouveaux cépages ou s’exposer à des pertes toujours plus importantes à cause du changement climatique. Peu importe le choix que feront les viticulteurs alsaciens face à ce dilemme, le goût du vin d’Alsace est amené à évoluer d’ici la fin du siècle. Ce constat a été dressé par des professionnels du vin lors d’une conférence à la Foire aux vins de Colmar, le 4 août.

Les dates de débourrement, de floraison, de véraison et de récolte deviennent de plus en plus précoces. Selon Serge Zaka, agroclimatologue et président du cabinet d’études AgroClimat2050, « les conditions de fin de cycle ne sont plus les mêmes en termes hydriques et thermiques que ce qu’on avait il y a 30 ans ». Actuellement, l’Alsace présente un climat proche de celui de la Bourgogne, et ce climat pourrait évoluer vers celui du sud de la vallée du Rhône d’ici 2050.

Les étés alsaciens, plus chauds, ont déjà entraîné une hausse du degré d’alcool d’environ un degré au cours des trente dernières années, tandis que l’acidité des vins a diminué. D’après une étude de 2023 réalisée par des chercheurs des universités de Bordeaux et de Toulouse, les arômes végétaux et poivrés diminuent en cas de sécheresse et de fortes chaleurs. Les thiols volatiles, qui apportent des notes de buis, pamplemousse ou fruit de la passion dans certains muscats et gewurztraminer, se développent moins en cas de stress thermique, mais peuvent être plus marqués avec un déficit hydrique modéré. En revanche, des arômes de fruits cuits se développent mieux dans ces conditions.

Serge Zaka souligne que « si on garde les mêmes cépages et la même façon de cultiver, le goût du vin d’Alsace va évoluer ». Les viticulteurs doivent se projeter sur le long terme, car la vigne nécessite un temps d’adaptation plus long que d’autres cultures. Pour faire face à ces défis, il est recommandé de planter des cépages plus adaptés aux nouvelles conditions climatiques.

La résilience des vignes pourrait également passer par un renforcement du couvert végétal dans et autour des vignobles, avec la plantation d’arbres fruitiers. Pour ralentir l’écoulement de l’eau, les vignes et les haies peuvent être replantées perpendiculairement à la pente. L’irrigation devrait rester une solution « de dernier recours », car les vignes habituées à être irriguées peuvent avoir des difficultés à s’adapter à des conditions plus sèches.

Serge Zaka conclut en affirmant que « le vin d’Alsace ne disparaîtra pas. Il sera toujours présent d’ici 2050, voire un peu après », tout en soulignant que des questions se poseront peut-être après 2070, lorsque des températures supérieures à 45°C pourraient devenir courantes certains étés en Alsace.

Source : France 3 Régions

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