Transports inaccessibles : la facture cachée du handicap
À chaque retour vers la gare de l’Est, Manel doit signaler qu’elle a besoin d’arriver sur un quai précis. C’est le seul qui lui permette de descendre par ses propres moyens avec son fauteuil roulant. Dans sa gare habituelle, des rampes ont été livrées, mais elles ne répondent pas aux normes et restent inutilisées. Cette chargée de communication indépendante, née avec un spina-bifida, raconte également des expériences où l’aide d’autres voyageurs devient essentielle, parfois avec des réprimandes désobligeantes de la part du personnel. Ce mécanisme révèle un problème récurrent : quand un maillon de la chaîne est inaccessible, c’est à la personne handicapée de compenser la défaillance.
Christine Dupart, membre du bureau national de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports, partage son expérience d’un handicap visuel qui l’empêche de conduire. Pour rejoindre une station balnéaire mal desservie, elle doit payer un taxi, un surcoût qui se situe dans un contexte de précarité économique, où 25,8 % des personnes âgées de 15 à 59 ans en situation de handicap vivent sous le seuil de pauvreté, contre 14,4 % pour celles sans handicap, selon la DREES.
Cette adaptation permanente aux transports non accessibles implique également un coût en temps et en fatigue. Vérifier l’accessibilité des gares, prévenir à l’avance et prévoir des solutions de secours deviennent des tâches chronophages. Le manque d’informations fiables sur le fonctionnement des infrastructures aggrave encore la situation. Le Cerema souligne que, malgré les investissements, les données sur l’accessibilité restent rares et hétérogènes.
Le transport est une composante essentielle du parcours de soins, comme l’indique Karine Pouchain-Grepinet d’APF France handicap. Les trajets nécessaires pour des soins tels que la kinésithérapie peuvent ne pas être remboursés si la prise en charge est pensée uniquement depuis le domicile. Le manque de véhicules adaptés complique également l’accès aux soins.
Face à ces incertitudes, certains se tournent vers la voiture. Manel estime que le coût des adaptations nécessaires à son véhicule pourrait atteindre entre 5 000 et 7 000 euros. Jean-Christophe Moncet, également en situation de handicap, évalue l’adaptation de sa voiture à environ 2 500 euros. Ces dépenses peuvent devenir un facteur déterminant pour l’autonomie des personnes handicapées, notamment en milieu rural où les transports collectifs sont insuffisants.
Le Groupement des autorités responsables de transport (GART) insiste sur le fait que le coût de la correction des infrastructures est souvent supérieur à celui d’une bonne anticipation. Des travaux pour rendre les transports accessibles engendrent des coûts supplémentaires à long terme, tels que les transports spécialisés et l’accompagnement.
Entre 2016 et 2024, 2,5 milliards d’euros sont investis par la région Île-de-France pour rendre accessibles plus de 300 gares et stations. Le budget annuel du service spécialisé PAM (Pour aider à la mobilité) a également augmenté, passant de 54 à 78 millions d’euros pour répondre à une demande croissante.
L’exemple du PAM montre l’impact d’une décision publique sur le quotidien des personnes handicapées. Avant sa régionalisation, les tarifs variaient et pouvaient atteindre jusqu’à 80 euros pour certains trajets. Aujourd’hui, la plupart des trajets coûtent 2 euros, ce qui a conduit à une augmentation significative du nombre d’inscrits.
Le Sénat a récemment recommandé de faire de la prévention une « politique transversale d’investissement social », soulignant l’importance d’intégrer l’accessibilité dans chaque projet d’investissement.
Source : DREES, Cerema, GART



