Liban : Six ans après l’explosion du port de Beyrouth, la quête de justice reste inachevée
Mardi, à l’occasion du sixième anniversaire de l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth, les Nations Unies ont déclaré qu’une catastrophe de cette ampleur, ayant causé la mort de plus de 200 personnes et blessé des milliers d’autres, ne devrait pas devenir « un chapitre abandonné de l’histoire ». Dans une déclaration du Bureau du Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le Liban (UNSCOL), son chef par intérim, Jean Arnault, a exprimé sa solidarité avec les victimes et a salué leur « quête inlassable de vérité, de justice et de responsabilité ».
Arnault a souligné que, malgré les défis sécuritaires et humanitaires récents auxquels le Liban est confronté, la souffrance silencieuse de milliers de personnes touchées par cette tragédie reste profonde. Il a affirmé que « une justice retardée est une justice refusée », appelant à respecter le droit des victimes et du peuple libanais à obtenir des comptes sans plus attendre.
Cet appel intervient à un moment charnière pour l’enquête, qui a connu des avancées après des années d’enlisement. Le juge d’instruction Tarek Bitar a récemment clôturé ses investigations et transmis son dossier au parquet, ouvrant la voie à un futur acte d’accusation. Selon les médias, son rapport mentionne 70 personnes mises en cause pour des infractions liées à l’explosion, bien qu’aucune date de procès n’ait encore été fixée.
Le 4 août 2020, un incendie a éclaté dans un entrepôt du port, suivi par l’explosion de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium. L’onde de choc a ravagé des quartiers entiers de la ville, se faisant sentir jusqu’à Chypre, à plus de 200 kilomètres. Cette tragédie a mis en lumière non seulement des défaillances sécuritaires, mais aussi des difficultés institutionnelles au sein de l’État libanais.
Au fil des ans, l’enquête a été entravée par des accusations de blocages et d’ingérences politiques. En 2023, Margaret Satterthwaite, experte indépendante des Nations Unies, a exprimé sa préoccupation face à des procédures de récusation malhonnêtes visant les juges d’instruction. Le juge Bitar a subi des interruptions répétées de son enquête en raison de recours déposés par d’anciens responsables, ainsi que des menaces de mort.
Le changement de présidence et de gouvernement au début de 2025 a permis une relance de l’enquête, avec des promesses publiques de voir celle-ci aboutir. Les proches des victimes ressentent à la fois de l’espoir et de la prudence face à cette nouvelle dynamique.
Pour les Nations Unies, l’affaire dépasse la recherche de responsabilités individuelles. Jean Arnault a affirmé que l’explosion du port est « un rappel tragique de vulnérabilités institutionnelles plus larges ». Il a souligné que l’indépendance de la justice est essentielle pour restaurer la confiance du public et défendre l’État de droit.
Alors que le Liban fait face à une crise économique sévère et à d’autres défis, chaque 4 août, les familles se rassemblent sur les lieux de la catastrophe pour rappeler que le temps ne saurait servir de verdict. Les Nations Unies réitèrent leur soutien au peuple libanais, affirmant que le chemin vers une véritable reconstruction nationale est indissociable de l’obtention de justice.
Tant que les responsabilités ne seront pas établies devant un tribunal, l’explosion du port continuera d’incarner, pour de nombreux Libanais, bien plus qu’un désastre industriel : un symbole d’impunité persistante.
Source : Bureau du Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le Liban (UNSCOL)



