Lorsqu’on est victime, ce n’est pas entendable

À Nîmes, 1 275 procédures dites « fantômes » pour violences sexuelles sur mineurs ont été recensées. Ce chiffre alarmant a été mis en lumière dans un courrier du garde des Sceaux, Gérald Darmanin, adressé au ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, suite aux défaillances révélées dans l’affaire Lyhanna.

Dans ce courrier de douze pages, daté du 29 juillet, Gérald Darmanin détaille les manquements dans la prise en compte des violences sexuelles faites aux enfants. Les 1 275 dossiers en question représentent des enquêtes abandonnées ou perdues, souvent à cause d’un manque d’effectifs. Ce stock d’affaires résulte d’un déséquilibre entre le nombre de procédures connues des parquets et celles en possession des services de police et de gendarmerie.

« Lorsqu’on est victime, ce n’est pas entendable de se dire que peut-être que son dossier est un dossier fantôme », déclare Séverine Moulis, bâtonnière de Nîmes. Elle souligne que des dossiers inactifs peuvent entraîner des pertes d’informations cruciales. « Si le parquet ne sait pas qu’elle existe, il ne va pas pouvoir donner des instructions pour faire avancer la procédure », ajoute-t-elle.

L’avocate évoque également un dossier pour viol qu’elle suit, où la plainte a été déposée il y a un an. Elle déplore le manque de moyens et l’inefficacité des services d’enquête. « On sait depuis des années qu’il y a un manque de personnel, que ce soit dans les services d’enquête ou dans la justice », explique-t-elle.

Concernant les moyens informatiques, Séverine Moulis critique le système judiciaire, le qualifiant de « Moyen-Âge ». Le garde des Sceaux a récemment annoncé un projet de dématérialisation des procédures civiles, mais la bâtonnière s’interroge sur l’efficacité de ce système si les différentes entités judiciaires ne sont pas interconnectées.

Gérald Darmanin, dans son courrier, note également un investissement professionnel parfois insuffisant, y compris dans les unités spécialisées. Après l’indignation suscitée par l’affaire Lyhanna, il a révélé l’existence de 85 047 plaintes en cours de traitement pour violences sexuelles sur mineurs.

Cette situation soulève des questions sur l’efficacité du système judiciaire en matière de protection des mineurs et sur les moyens alloués pour traiter ces affaires sensibles.

Source : Le Monde

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