IA et ETF : le risque d’une économie guidée par le consensus
À l’heure où l’intelligence artificielle (IA) transforme notre rapport à l’information et où la gestion passive, notamment à travers les Exchange Traded Funds (ETF), prend une place croissante dans les marchés financiers, un risque majeur se profile : celui d’une économie où la répétition et la concentration prennent progressivement le pas sur l’analyse et le discernement.
L’IA est capable de répondre instantanément à de nombreuses questions et de synthétiser des milliers de documents en quelques secondes. Cependant, une question fondamentale demeure : qui entraîne réellement ces modèles et avec quelles informations ? Aujourd’hui, il est difficile d’expliquer pourquoi une IA privilégie une réponse plutôt qu’une autre, ce qui soulève des défis importants pour l’avenir.
L’IA ne crée pas de connaissance ; elle la recompose à partir des contenus produits par les humains, reflétant ainsi ce qui existe déjà. Ce phénomène, bien que connu, est amplifié par l’IA, qui peut faire apparaître comme vraies des affirmations répétées des milliers de fois, même si elles ne le sont pas.
Le succès des ETF et de la gestion passive constitue une innovation pour de nombreux investisseurs. Cependant, leur prédominance pose des problèmes. La gestion passive ne se base pas sur l’analyse des entreprises, mais réplique des indices, entraînant des flux qui se dirigent vers les sociétés déjà en tête. Plus une entreprise est lourde dans un indice, plus elle attire de capitaux, créant ainsi une boucle autoalimentée.
Cette concentration commence à avoir des conséquences visibles. Dans certains marchés émergents, quelques entreprises représentent une part considérable de la capitalisation totale, tandis que de nombreuses sociétés restent ignorées. En France, selon une étude de l’Autorité des marchés financiers, le nombre de sociétés cotées sur Euronext Paris a été divisé par deux entre 2007 et 2025.
Les petites et moyennes entreprises peinent à attirer les capitaux nécessaires, non pas parce qu’elles sont moins performantes, mais parce que les flux suivent principalement les indices plutôt que les entreprises elles-mêmes. Cette situation pourrait inverser la logique d’allocation du capital, qui historiquement visait à financer les entreprises les plus prometteuses.
À terme, une économie où les capitaux se concentrent sur un nombre restreint d’entreprises risque de devenir moins innovante et moins concurrentielle. Moins de financements pour les nouveaux entrants pourrait signifier moins d’innovations et une croissance dépendant d’un nombre limité d’acteurs. De plus, une exposition homogène aux mêmes entreprises pourrait accroître la fragilité collective des marchés, amplifiant les réactions lors de chocs économiques.
L’IA pourrait exacerber ce phénomène en mettant en avant les entreprises les plus visibles, renforçant ainsi un consensus déjà alimenté par les flux passifs. Ce cercle autoentretenu pourrait conduire à une économie guidée non seulement par la qualité des projets, mais aussi par la puissance des mécanismes de visibilité.
Cette dynamique soulève une question essentielle : voulons-nous d’une économie capable de faire émerger les leaders de demain, ou d’un système qui finance principalement les leaders d’hier ? Dans les marchés financiers comme dans l’information, le véritable risque réside dans la disparition progressive du regard critique.
L’intelligence artificielle est un outil puissant, et les ETF ont démocratisé l’investissement. Cependant, il est crucial d’exercer notre discernement, car un consensus n’est pas une vérité.
Source : Autorité des marchés financiers.



