L’IA traduit-elle vraiment l’akkadien ?
En juillet 2023, un article a été consacré à un modèle de traduction automatique appliqué à l’akkadien, l’une des grandes langues écrites de la Mésopotamie. Ce modèle, publié dans PNAS Nexus, a suscité un intérêt considérable. Cependant, la question demeure : que comprend réellement cette machine ?
L’étude dirigée par Gai Gutherz et Shai Gordin n’a pas utilisé de photographies brutes de tablettes. Deux types d’entrées ont été testés : une translittération en alphabet latin et des signes cunéiformes convertis en caractères Unicode. Les scores BLEU4 obtenus étaient de 37,47 et 36,52 respectivement, des résultats prometteurs mais qui ne correspondent pas à une compréhension réelle des phrases.
Le corpus de l’étude incluait 8 056 textes, dont 7 327 néo-assyriens. Les inscriptions royales comptaient 2 997 documents et les lettres administratives 2 003. Les auteurs ont noté que plus un genre était formel, plus la traduction automatique tendait à gagner en précision.
Concernant les évaluations humaines, sur 50 phrases translittérées, seulement 16 étaient jugées correctement traduites, tandis que 12 présentaient des hallucinations et 22 étaient incorrectes. En utilisant des caractères cunéiformes Unicode, le bilan était de 14 traductions correctes, 18 hallucinations et 22 erreurs. Par exemple, une traduction humaine indiquait que le roi « ne descend pas » dans la maison du dieu, alors que la machine supprimait la négation, inversant ainsi le sens.
Cécile Michel, assyriologue et directrice de recherche au CNRS, a précisé que le programme de 2023 ne reconnaît pas directement les signes à partir d’une photographie ; une lecture experte est nécessaire pour identifier et convertir les signes en caractères exploitables.
Le cunéiforme, en tant que système d’écriture, a été utilisé pendant plus de trois millénaires pour plusieurs langues, dont le sumérien et l’akkadien. Dire qu’une IA « traduit le cunéiforme » est une simplification.
En juillet 2026, un nouveau modèle nommé TabletCraft a été présenté, permettant de traduire de l’akkadien à l’anglais et vice versa, tout en offrant une représentation visuelle des tablettes. Développé par Zhaohui Wang, TabletCraft a été entraîné sur 58 126 phrases parallèles. Les résultats sur un jeu de validation de 2 812 échantillons ont donné des scores de 49,1 BLEU dans le sens akkadien-anglais et 48,5 dans l’autre.
À Würzburg et Mayence, un autre projet, Palaeographicum, analyse les variations graphiques du cunéiforme hittite dans des photographies numérisées. Actuellement, il donne accès à 70 000 images documentant plus de cinq millions de signes, facilitant ainsi l’analyse des fragments.
La recherche sur l’akkadien et le cunéiforme continue d’évoluer, mais pour l’instant, ces systèmes d’IA ne remplacent pas l’expertise humaine en matière de lecture et d’interprétation.
Source : Actualitté


