À Kiev, dernier adieu à Oleksiï Ioukov, bénévole dévoué aux morts du front ukrainien
Kiev a rendu hommage ce samedi à Oleksiï Ioukov, un bénévole de 40 ans qui a consacré sa vie à récupérer les corps de soldats dans les zones les plus dangereuses du front ukrainien. Ioukov a été tué par une mine lors d’une mission, selon sa famille. Sa dépouille a été transportée à Kiev pour une cérémonie d’hommage, où plusieurs centaines de personnes se sont réunies sous la pluie pour lui dire adieu.
Diana, sa fille adoptive, a partagé avec l’AFP que les derniers mots d’Ioukov étaient : « je pars ». Sa fille biologique, Ievguénia, âgée de 6 ans, observait son père, les yeux écarquillés, blottie contre sa mère. La nouvelle de son décès, annoncée mercredi par sa femme, a provoqué une vive émotion, notamment dans sa région natale de l’est de l’Ukraine.
À la tête du groupe Platsdarm, Ioukov était associé à des moments de deuil qui rythment la vie de cette zone, marquée par des années d’attaques russes. La semaine précédente, des journalistes de l’AFP l’avaient aperçu lançant une couronne de fleurs dans une rivière en mémoire de prisonniers de guerre ukrainiens.
Un engagement pour la dignité des défunts
Oleksiï Ioukov avait déclaré à l’AFP en 2024 que son parcours de vie était étroitement lié aux morts. À l’adolescence, il avait découvert des squelettes de soldats de la Seconde Guerre mondiale, ce qui l’avait poussé à se donner pour mission de récupérer les dépouilles afin de leur offrir une sépulture. Au début des années 2010, il avait commencé à rechercher les corps des soldats des deux guerres mondiales, et avec le conflit qui a éclaté en 2014, son engagement s’est intensifié.
Son équipe récupérait les dépouilles de militaires ukrainiens et russes, cherchant à les identifier. En avril 2024, des journalistes de l’AFP avaient pu observer ce processus minutieux. « Je ne vois jamais les corps de défunts comme de simples cadavres. Il y a une âme. Elle est juste là, à leurs côtés », avait-il affirmé.
Un impact sur les familles endeuillées
Parmi les personnes présentes lors de la cérémonie, Olena Tropina, une veuve ayant retrouvé la dépouille de son mari grâce à Ioukov, a déclaré : « Il ramenait les âmes de nos êtres chers disparus. Et il apportait la paix. » Ioukov était animé par le besoin de débarrasser sa région de la présence persistante des morts, qu’il considérait comme un obstacle à la paix. Il avait exprimé une prémonition : « Je pense que je ne vivrai pas assez longtemps pour en voir le bout. »
La perte d’Ioukov souligne l’impact des conflits sur les familles et les communautés, et son engagement envers les défunts a touché de nombreuses vies.
Source : AFP


